‹ Mémoires sur CarnotChapitre 96 sur 235 · RETRAITE STUDIEUSE · texte numérisé non relu

RETRAITE STUDIEUSE

« Tant que la République a été gouvernée par ceux qu'elle choisissait elle-même, elle a élé l'unique objet «le mes pensées. Mais depuis qu'elle e*t tombée au pouvoir d'un seul, et qu'il n'y a plus lieu de lui consacrer ses conseils ou son autorité morale, ayant aussi perdu les hommes qui m'aidaient autrefois à la soutenir, je n'ai voulu ni m'abandonner à une tristesse qui m'eût consumé, ni rechercher des plaisirs indignes d'un esprit qui possède quelque savoir. — Comme cet le République à laquelle je me dévouais avec tant de plaisir ne subsiste plus, et que je ne pouvais demeurer sans occupation, j'ai repris les labeurs de ma jeunesse. J'ai cru que je ne pouvais me consoler d'une manière plus digne d'un honnête homme qu'en revenant à la philosophie. »

C'est Cicéron qui parle ainsi, exposant a son fils comment, sorti de la vie politique, il demanda au travail II. 17

l'emploi de son temps, à l'élude de la sagesse son bonheur.

Carnol trouva les mêmes ressources dans la culture des sciences et des lettres. 11 ne les avait pas négligées pendant ses fonctions de tribun : il avait publié en 1805 les Principes fondamentaux de l'équilibre et du mouvement,.forge développement de son Essai sur les machines, et, en 1804, un Mémoire sur la relation qtii existe entre les distances respectives de cinq points quelconques pris dans l'espace, suivi d'un Essai sur la théorie des transversales. Dégagé maintenant de toutes les obligations de la carrière publique, il revint à l'un de ses sujets favoris, et refondit en entier ses Réflexions sur la métaphysique du Calcul infinitésimal. L'ouvrage cependant ne fut imprimé qu'en 1815, parce que, comme on le verra, d'autres travaux furent demandés à l'auteur. Il était devenu l'un des membres les plus assidus et les plus laborieux de l'Institut : « Presque tous les mémoires de mécanique soumis au jugement de la première Classe lui étaient renvoyés, dit M. Arago; sa rare sagacité en signalait, en caractérisait, en faisait ressortir les parties neuves et saillantes, avec une clarté, avec une précision remarquables. Je pourrais eiter tel auteur de macbines qui n'a véritablement conçu sa propre découverte qu'après avoir eu le bonlieur de passer par cette savante filière1».

Je suppose que M. Arago, dans ce passage, fait allusion au trait suivant : Un jour arriva de sa province à Paris un jeune homme dépourvu d'éducation mathématique, mais doué d'une très-féconde imagination. M. Mannoury-Dectot apportait à l'institut dix machines

1 Biographie de Carnol, par M. Arago, t. I" de ses œuvres.

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