CHAPITRE XIII
En janvier 1768, un auteur qui sVtait fait connaître par des lettres , des essais , des
voir. Alors Garrick s'assit devant une table et se mit à copier des couplets qu'il voulait faire chanter dans sa Jeune KlllageoLse- Pendant que Garrick écrivait , Barllielcmoii lisait par-dessus l'épaule, et composait son air. « Voici les » couplets, » dit Garrick en lui remettant le papier sur lequel il venait de les copier, « En voici la musique , » lui répondit Barthelemon en lui donnant l'air qu'il venait de noter. Garrick , surpris et charmé de cette composition impromptu , l'invita à dîner le même jour avec le docteur Johnson. L'air plut au public, et, à chaque représentation de la Jeune F illageolse , il obtint les honneurs du bis. Garrick promit à Barthelemon de faire sa fortune , et , pour y préluder, il le chargea de composer la musique A'un Coup-d' œil derrière le rideau. L'opéra burlesque (VOrp/iéc y qui se trouve dans le second acte, réussit tellement, qiiu/i Coup-d'œil derrière le rideau eut cent huit représentations dans le cours de l'année. » — Il ne faut pas oublier ici que l'année théâtrale n'a que neuf mois à Londres, et qu'on n'y joue jamais le dimanche. — Cette petite pièce valut à Garrick plusieurs mille livres sterling, et il donna à Barthelemon quarante guinées , au lieu de cinquante qu'il lui avait promises , en lui disant que les danseuses lui avaient coûté tant d'argent, qu'il ne pouvait lui en donner davantage.
Aucun des deux biographes de Garrick ne cite cette anecdote ,donl nous ne garantissons l'authenticité que sur la foi de l'ouvrage oii nous la puisons.
( Noie du traducteur. \
l88 VIE DE GARKICK.
poésies , et par un grand nombre d^articles insères dans divers journaux, M. Hugh Kelly, eut Tambition de figurer dans une sphère plus élevée, et fît jouer à Drury-lane une comédie intitulée la Fausse Délicatesse. Le prologue, composé par Garrick, en donnait une idée fort juste. Il promettait une comédie morale et sentimentale qu^il appelait en plaisantant un sermon en cinq actes. Les critiques furent du même avis; mais le public prit la pièce sous sa protection , et elle eut une vingtaine de représentations.
Nous sommes loin de vouloir diminuer la réputation posthume de M. Kelly ; mais nous croyons pouvoir nous permettre quelques observations à ce sujet. Il nous semble qu'aune pièce qui ne peut être remplie que de sentences graves et morales ne mérite pas le nom de comédie. Quand le pathétique y est convenablement employé, elle sVlève à un degré plus haut. Le cœur est ému , et ce mérite dédommage de Fabsence de traits d''esprit et de gaieté. Cependant une véritable peinture de mœurs doit être en général accompagnée de ridicule. Le docteur Hurd dit avec raison : « La comédie se propose pour but une