CHAPITRE XIII
)' sensation de plaisir, occasionee par la v érite » des caractères qii/'elle met en jeu, surtout » par leurs contrastes. » Mais cette définition n^estpas adoptée par les auteurs de comédies purement sentimentales. De tous les critiques français , D''Alembert est celui qui a le mieux compris la nature de ce qu'on peut appeler la comédie sérieuse. En parlant du Glorieux de Destouches , il dit que le pathétique mêlé au comique, au lieu de produire un mélange hétérogène , anime toute la pièce , quoique la gaieté en soit la couleur principale. Il ajoute que lorsque Destouches mit au théâtre une nouvelle espèce de drame , il eut Fart de mêler le pathétique et le comique dans une telle proportion , que Pun et Fautre contribuaient à produire un bel effet. L'art de ce poëte consistait à subordonner le pathétique à la gaieté, ce qui est essentiel à la vraie comédie. Vouloir faire rire au milieu des larmes , cVst souvent une tentative inutile; mais au milieu des scènes les plus plaisantes , il peut arriver un incident qui touche le cœur et le remplisse dV'motion. C'est ce que nous avons vu dans les Amans non sans le savoir ^ lorsque Indiana est reconnue par son père. Des-
igO VIE DE GARRICK.
touches, suivant D'Alembert, a donc ouvert une nouvelle carrière ; mais les auteurs qui sont venus après lui Font abandonnée, parce qu'ils ont trouve le genre grave et sérieux plus convenable h la me'diocritè de leur ge'nie. Le drame sérieux qui n''a ni gaieté, ni pathétique, est un genre bâtard qui ne mérite pas d'hêtre encouragé. On a donné beaucoup dVloges à la Fausse Délicatesse ^ mais il faut espérer qu'on ne proposera pas cette pièce comme un modèle, quand la route de la bonne comédie est ouverte et connue (i).
Vers le milieu de février , on donna la première représentation de TLenohie , tragédie dont le sujet est tiré du deuxième livre des Annales de Tacite. Chacun sait que le célèbre Crébillon a fait une pièce sur le même sujet. Tout ce que Fauteur peut dire, c'est qu'ail n'a pas voulu se borner au rôle de copiste , et qu'il a tâché d'être original (2).
(i) Marsollier imita ceUe pièce en 1786 , et la fit jouer à rOpéra-Comique avec la musique de Davaux. Elle eut peu de succès , parce que ce n'était qu'une suite de scènes ingénieusement écrites , et que la musique veut des situations et des images. {Note des éditeurs.)
{2) Cette tragédie est de M. Murphy , auteur des Mé-