CHAPITRE XIV
sonne ne vit dans un ouragan perpe'tuel de rage. La colère éclate tout-à-coup; mais elle a des intervalles de repos et de tranquillité. Au surplus , si le lecteur veut se former une juste idée d\m homme colère , il n'a qu'à lire la dédicace à la critique que Fauteur a placée en tête de cette pièce, en la faisant imprimer.
Nous arrivons enfin à une production dont le mérite est incontestable, Bragance ^ tragédie par Robert Jephson, dont le sujet est tiré de rélégante Histoire des révolutions de Portugal, par Tabbé de Vertot. Cet ouvrage se trouva dans toutes les mains, dès que cette pièce eut été annoncée, chacun voulant le lire pour être mieux en état de la juger. M. Jephson Pavait prévu en traçant le plan de sa tragédie , et son bon sens Pavait averti que les vérités historiques bien connues ne doivent pas être défigurées par des fictions romanesques. Tous ses personnages sont tels que Phistoire les a dépeints ; aucun incident ne sort du cercle de la vraisemblance; le style en est poétique, mais naturel, et Pauteur n'a pas eu recours à ces ornemens ambitieux qu'on trouve dans un si grand nombre
dJautres pièces (i). Elle fut jouée au commencement de 1775; elle obtint beaucoup de succès,et elle le méritait.
La première représentation du Bon ton, comédie en un acte , par Garrick , fut donnée en 1775 pour le bénéfice de Ring. C'est peutêtre la petite pièce la plus agréable et la plus viA^e du théâtre anglais. Les caractères en sont parfaitement tracés. C'est une satire contre le vice et la dissipation , et la morale en est excellente. Elle fut parfaitement jouée, et réunit tous les suffrages.
Cependant Barry et sa femme étaient passés à Covent-Garden , et leur désertion ayant privé Garrick de deux excellens auxiliaires , il fut obligé de jouer lui-même plus souvent , quoique sa santé lui permit à peine cet effort. En janvier 1776, M. Colman ayant donné une petite comédie intitulée le Spleen^ pièce qui obtint \[\ ou i5 représentations, M. Garrick en composa le prologue, et ce fut là qu'il donna publiquement le premier avis de l'intention qu'il avait de se retirer du
(1) Cette pièce n'a pourtant jamais été remise au théâtre
{Note du traducteur.)