CHAPITRE XI
théâtre. Après avoir fait la peinture d'un marchand de Londres qui quitte le commerce pour aller jouir du bon air à Islington, il dit:
Le maître de céans y trouve un bon avis ; Il est temps qu'à son tour enfin il se repose. II va vendre son fonds , ses vers comme sa prose , Cothurne , brodequin , sceptre , couronne , habits , , Jusqu'au tonnerre enfin ; le tout à juste prix.
Ce n'était point une fantaisie; c'était une détermination bien prise, et Ton ne tarda pas à en avoir la preuve. Le directeur qui , pendant trente ans , avait pourvu aux plaisirs du public, était à la veille d'abdiquer ses fonctions. Il faisait son dernier voyage , et levaisseau allait perdre un pilote habile. Ce ne fut pourtant pas sans avoir à lutter contre luimême , qu'il prit cette résolution. Il était d'un caractère naturellement chancelant, irrésolu. Mais on ne peut être surpris qu'après avoir reçu pendant trente ans les applaudissemens du public, il lui en coûtât quelques efforts pour y renoncer. Il s'y décida pourtant, et l'on verra tout-à-l'heure qu'en quittant la carrière dans laquelle il avait brillé , il n'oublia
pas ceux qui s^ étaient montrés avec lui.
En 1765, on avait établi à Covent-Garden , par le moyen de souscriptions volontaires, un fonds pour le soulagement des acteurs que Tâge ou les infirmités obligeaient de se retirer du théâtre , et qui se trouvaient dans Tindigence. Le même plan fut adopté à Drurylane, en 1766, et les directeurs souscrivirent pour une somme considérable en faveur d'un établissement inspiré par la bienveillance et la sensibilité. Garrick en devint le plus chaud protecteur; il obtint à ses frais un acte du parlement pour incorporer les souscripteurs en compagnie. Du consentement de son associé , M. Lacy , il donna tous les ans une représentation au profit de ce fonds de bienfaisance, et ne manqua jamais déjouera cette occasion un des rôles dans lesquels il était sûr d'attirer le plus de monde. Ce fut ainsi que, jusqu'à la fin de sa vie théâtrale , il se montra le généreux soutien d'une profession dont il avait été l'ornement, depuis son début sur le théâtre de Goodmans-fields.
Ce fut le 10 juin 1776, que le Roscius anglais , le cœur plein de regret , de chagrin et de reconnaissance, fit ses derniers adieux