‹ Mémoires sur GarrickChapitre 114 sur 148 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Vie privée de Garrick. — Ses rapports avec Shéridan. — ■ Ses dernières douleurs et sa mort. — Ses funérailles. — Monument érigé à sa mémoire.

Dans cette retraite agréable, Garrick commença à respirer plus librement, et à goûter le repos dont il avait besoin , après ses longs travaux. Il avait parcouru sa carrière , et il en avait atteint le but, couronné de lauriers. Il pouvait jeter avec plaisir ses regards sur le passé , et dire avec Cicéron que rien n'est plus agréable que le souvenir d'une bonne vie. V^ita hene actœ jucundissima est recordatio. Au témoignage de sa propre conscience , se joignait Festime des personnages les plus distingués du royaume (i). La no-

(i) M. Davies en cite un trait fort remarquable. «Dans le printemps de 1777, dit-il, Garrick se trouvait dans la galerie de la Chambre des communes au moment oii les

blesse, les savans,les hommes eminens dans toutes les branches de la littérature venaient lui rendre visite. Il tenait une excellente maison, et relevait encore le luxe de sa table par Fesprit et les manières d''un homme qui avait vu la meilleure compagnie. Il était modeste et sans prétentions, ne prenait jamais un air de supériorité 5 Porgueil qu''une fortune considérable n'inspire que trop souvent, était étranger à son cœur. Il ne disait pas à ceux qui venaient le voir, comme Congrève

étrangers venaient d'en être exclus. Un menibre s'en aperçut , et demanda qu'on le fît sortir. M. Burke se leva aussitôt , et demanda s'il était convenable , si les règles de la décence permettaient qu'on fît retirer ainsi un homme à qui ils avaient tous de si grandes obligations, un homme qui était le grand maître de l'éloquence, à l'école duquel ils avaient appris l'art de parler et les élémens de l'art oratoire. Quant à lui , il reconnaissait qu'il devait beaucoup à ses instructions ; il continua ainsi assez long-temps à faire l'éloge de M. Garrick. M. Fox et M. Townshend prirent la parole après lui , et parlèrent dans le même sens ; ils appuyèrent sur le mérite de leur ancien précepteur , nom qu'ils lui donnèrent en cette occasion, et blâmèrent en termes assez vifs le membre qui avait deihandc qu'on le fît sortir. Ce sentiment devint général dans toute l'assemblée , qui décida que M. Garrick resterait dans la galerie. «

{Note (lu traducteur.)

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