‹ Mémoires sur GarrickChapitre 117 sur 148 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

le conUe Spencer; maigre roules ses infirrniles , il eut le courage (Fy aller. Mais au milieu des jouissances qu^on cherchait à lui procurer, il y fut surpris par une violente attaque de ses anciennes douleurs , et revint dans sa maison d^Adelphi , le î5 janvier 1779. Les docteurs Heberden et Warren lui donnèrent des soins , et plusieurs autres médecins vinrent le voir, sans avoir été appelés , dans Fespoir de contribuer à prolonger ses jours. Tout fut inutile ; il languit quelques jours , souffrit ses maux avec résignation , et mourut le 20 janvier , à huit heures du matin , sans pousser un seul gémissement (1).

(1) M. Fearou , chirurgien , a rendu le compte suivant de la maladie de Garrick.

« Le psemier symptôme de la maladie de M. Garrick fut une douleur d'estomac , accompagnée de vomissemens répètes et d'une douleur aiguë dans la région des reins. Cette douleur augmentait quand il baissait le corps en avant , et se faisait sentir jusque dans les cuisses. Il avait de fréquentes envies d'uriner , et l'urine ne passait qu'avec peine : elle cessa de couler tout-à-coup , et les douleurs augmentèrent pendant quelque temps. Il eut aussi une décharge de mucus par i'urêtre , accompagnée de vives souffrances. Son pouls élait faible et vif, comme dans les fièvres cliques • il aviil lanlôf une constipa 'ion , tantôt

2l8 VIE DE GARRICK.

Le lundi premier février, ses restes furent transportes, de sa maison d^Adelphi, à Tabbaye de Westminster, où ils furent déposes dans ce qu^on appelle le coin des poètes^ près du monument de Shakespeare. Les prières de Fèglise furent prononcées par Tèvéque de Rochester.

Jamais on n^avait vu à Londres funérailles plus magnifiques. Dix personnes de la première qualité, parmi lesquelles on distinguait le duc de Devonshire, lord Cambden, et les comtes Ossory et Spencer, tenaient les coins du drap mortuaire , et tout ce qu^il y avait de plus distingué, tant dans le grand monde

une diarrhée qui durait quelques jours. Ces symptômes donnèrent lieu de croire qu'il avait une pierre dans la vessie. On lui proposa de le sonder; mais il refusa d'y consentir , et déclara qu'il mourrait plutôt que de s'y soumettre. Pendant les quatre derniers mois de sa vie^ les urines diminuèrent graduellement en quantité ; et pendant les quatre jours qui précédèrent sa mort , il n'en rendit pas une seule goutte.

» Lorsqu'on fit l'ouverture de son corps , on trouva les viscères du thorax et de l'abdomen parfaitement sains ; mais en soulevant le péritoine qui couvre les reins , on vit que celui du côté gauche n'était plus qu'une poche pleine de pus , et celui du côté droit entièrement fondu. »

( NotG de M. Murphy. )

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que parmi les amateurs de la littérature, s^empressa de payer le dernier tribut d^égards à la me'moire du deTunt (1). La file des voitures sVtendait depuis Charing-Cross jusqu'à Tabbaye. Un concours prodigieux de peuple remplissait toutes les rues par où le cortège passa, et un silence respectueux prouvait la douleur de tous (2).

(1) Parmi les noms des hommes illustres qui y assistèrent, on trouve ceux de Burke, Fox , Shéridan , Joseph Banks , le docteur Johnson , sir Josué Reynolds, etc., etc. Le cortège partit à une heure d'Adelphi , et les dernières voitures n'arrivèrent à l'abbaye qu'à trois heures un quart , quoiqu'il n'y eût pas deux milles de distance. Toutes les mesures avaient été si bien prises , que , malgré la foule immense , il n'arriva pas le moindre accident. On donna des bagues de deuil à tous ceux qui assistèrent aux funérailles. Cette cérémonie coûta plus de quinze cents livres sterling. [Note du traducteur.)

(2) Par son testament , en date du 24 septembre 1778 , M. Garrick lègue à sa femme , mais en usufruit seulement, sa maison d'Adelphi à Londres , sa maison de campagne d'Hampton avec toutes ses dépendances , et tout le mobilier garnissant l'une et l'autre. 11 lui donna en outre six mille livres sterling une fois payées , et quinze cents livres de rente annuelle et viagère. Bien loin de lui défendre de se remarier, il ordonna que , ce cas arrivant, les arrérages de cette rente lui seront payés sans qu'elle ait besoin d'autorisation de son mari. Mais il lui imposait l'obligation de

M. Albany Wallis a fait ériger à ses frais un beau monument à la mémoire de Garrick. Il avait attendu quelque temps, pensant que sa veuve le préviendrait; mais sMtant adressé à elle , et voyant qu'acné n'en avait pas Fintention, il résolut de donner lui-même cette mar-

rester en Angleterre ; et si elle allait demeurer sur le continent, ou en Ecosse, ou en Irlande, il réduisait tous ses legs à une rente viagère de mille livres. Il léguait à son neveu David Garrick une maison que celui-ci occupait à Hampton, et toutes les terres qu'il possédait dans celte commune. Il ordonna que tous ses autres biens fussent vendus tant pour former le fonds de la rente viagère léguée à sa femme que pour acquitter les legs suivans , savoir : à son frère George, dix mille livres; à son frère Pierre, trois mille; à son neveu Carrington Garrick, six mille; à son neveu David Garrick , cinq mille ; à sa nièce Arabelle Schaw , six mille ; à sa nièce Catherine Garrick , six mille; à sa sœur Merical Doxey , trois mille; à une nièce de sa femme, mille. Il léguait ses deux maisons de Drury-lane à l'établissement formé en faveur des acteurs de Drurv-lane. Après la mort de sa femme, tout ce dont il lui laissait l'usufruit serait vendu , et le produit partagé entre tous ses héritiers conformément aux droits de chacun , à l'exception d'une s'atue de Shakespeare , de sa collection d'anciennes pièces de théâtre qu'il léguait au Musée britannique , et de ses autres livres qu'il léguait à son neveu Carrington Garrick. Enfin , il nommait quatre exécuteurs testamentaires, lordCambdon, Richard Rigby, John l*alerson et Albany Wallis. {Note du traducteur.)

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que d'égard à la mémoire de son dëfuiit ami. Il chargea un artiste habile de faire le plan du monument et de Fexëcuter, et lui donna d'avance une somme de 3oo livres. Ce fut de Fargent perdu , car le statuaire fît banqueroute. M. Wallis n'en persista pas moins dans son dessein; il s'adressa à un artiste distingué, M. Webber, qui remplit ses vues d'une manière digne de ses talens. Il déboursa pour cet objet environ mille livres sterling. Il n'y a pas bien long-temps que M. Wallis a payé sa dette à la nature. Il n'avait pas besoin de monument; il s'en était élevé un, dans celui qu'il avait érigé à Garrick.

Maintenant que nous avons terminé les Mémoires de la vie du Roscius anglais, nous allons finir par jeter un coup-d'œil sur toute la vie de cet homme extraordinaire , et considérer en lui successivement l'acteur , le directeur, l'auteur, et l'homme privé (i).

(i) En 1777, Garrick fut mis sur la liste des juges-Hlepaix ; mais il ne paraît pas qu'il cny'owa jamais le rôle. Dans le cours de la même année , le roi désira l'entendre lire une comédie, et Garrick choisit le Lét/ié , dont il était auteur. Le roi, la reine, la princesse royale, la duchesse d'Argyle , et quelques autres dames de la cour assistaienl à

cette lecture. Mais la froideur avec laquelle celte société d'élite l'écouta , si opposée à l'enlhousiasme qu'il avait coutume d'exciter sur la scène, le refroidit lui-même à un tel point, qu'il lui fut impossible de déployer ses lalens ordinaires. «J'étais, disait Garrick en contant celte anec- » dote , comme s'ils m'eussent enveloppé d'une couverture » trempée dans l'eau froide. » {Biographia dramatica.)

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