‹ Mémoires sur GarrickChapitre 118 sur 148 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Uéflexioiis générales. — Garrick considéré comme acteur et comme directeur de théâtre.

Il est impossible que la plume d'aucun écrivain rende jamais à Garrick toute la justice qui lui est due comme acteur. Il faut Favoir vu, Tavoir entendu, l'avoir senti. On trouve dans Ovide une courte description qui lui est parfaitement applicable.

.... Non illo jussos solertius alter Exprimit incessus , vultumque, modum loquendi.

Mais quand nous aurons dit, avec le poëte romain, que tous ses mouvemens étaient pleins de grâce, que sa physionomie exprimait tous les sentimens de Famé , et que sa déclamation était une image fidèle de toutes les passions , nous n'aurons pas donné même une faible idée de la perfection de son jeu. Col-

ley Gibber était distingué clans sa profession, et bon observateur des talens de ses contemporains; mais quand il essaie de faire le portrait de Betterton , il trouve cette tache audessus de ses forces. « C'est bien dommage, )) dit-il , que les beautés momentanées d'un » débit harmonieux, ne puissent, comme » celles de la poésie , se servir de monument )) à elles-mêmes; que les grâces animées de » Tacteur ne puissent durer plus long-temps )) que l'inspiration qui les a fait naître, ou » du moins ne laissent qu'une faible étincelle » dans la mémoire du petit nombre de ceux )) qui en ont été témoins : si la manière dont )) Betterton jouait ses rôles pouvait être aussi » facilement connue que les rôles dont il )) était chargé, ce serait alors que nous ver- )) rions triompher la muse de Shakespeare, » ornée de tous ses atours , prenant une vie

réelle, et charmant tous les yeux. Mais com- )) ment faire connaître le jeu de Betterton, » qu'il est impossible de décrire? )>

Rien n'est plus sensé que le raisonnement de Gibber, et la même difficulté se présente à nous relativement à Garrick. Son imagination avait tant de force et de vivacité, qu'elle

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