CHAPITRE XVI
Tidentifiait avec le personnage qu''il représentait, et qu^il sVn appropriait à Tinslanl uiéme tous les sentimens. Avant qu'on Feût entendu, les passions qui Fagitaient se peignaient déjà dans ses yeux, dans ses gestes, dans ses attitudes, dans tous ses traits, et leur expression était si rapide qu'elle changeait presque à chaque instant : velox mente nova.
Cibber, en parlant de son acteur favori, ne donne pas des détails aussi circonstanciés qu'on aurait pu s'y attendre. Il l'a essayé une seule fois , en rendant compte de la manière dont il jouait le rôle à^Hamlet. u Dans la scène )> de l'apparition, dit-il, ses passions ne s'é- )) levaient pas au-delà d'un étonnement qui le » privait presque du pouvoir de respirer, et » d'une impatience, 1 imitée par le respect filial^ )) d'apprendre quel motifpouvait avoir faitsor- » tir son père du sein du tombeau. Betterton )) commençait par une pause de surprise muet- )) te; et sa voix lente, tremblante et solennel- )) le s'élevant graduellement, rendait l'esprit » auquel il s'adressait aussi terrible aux spec- » tateurs qu'il l'était à Facteur lui-même. »
Cette description s'applique parfaitement
à Garrick. Ces deux grands acteurs , dans cette scène , semblent avoir ëte deux rivaux dignes Fun de Fautre. Mais quand on nous dit que le physique de Betterton convenait à son organe , qui était plus mâle qu'*agréable; que cet acteur était de moyenne taille , un peu corpulent , et que ses membres annonçaient la force plus qu'ils n^avaient d'élégance; nous pouvons dire que, sous tous ces rapports , la victoire est à Garrick. Sa stature, il est vrai, ne s'élevait pas au-dessus de la moyenne taille; mais il était bien fait: tous ses membres étaient parfaitement proportionnés. Il avait la voix claire et harmonieuse, et toute son ame animait ses yeux. L'effet des passions était sa constante étude; leur jeu, leur flux, leur reflux, les différens combats qu'elles se livrent, lui étaient parfaitement connus. Il savait faire voir avec quelle rapide succession de mouvemens, elles s'élèvent, se calment, s'élèvent encore, se mêlent l'une à l'autre, joignent leurs efforts , et finissent par mettre Famé dans un état d'agitation complète. Ses principaux rôles tragiques étaient autant de cours sur cet art. Hutcheson, auteur d'un Traite sur les passions , n'en donne pas une analyse aussi