CHAPITRE XVI
pièces morales et instructives, et Toreille du public se forma aux accens du sublime, débité avec naturel et harmonie. Le réformateur de notre théâtre bannit de la comédie la basse bouffonnerie , comme il fît disparaître de la tragédie une déclamation ampoulée. Shakespeare sortit en quelque sorte 'de sa tombe , et brilla soudainement de tout son lustre , et Garrick apprit au public à le préférer au Turc faisant des tours de force. On préféra les plaisirs de Foreille à ceux qui ne satisfaisaient que les yeux. Cette grande réforme fut le but que Garrick se proposa pendant tout le temps qu^il fut directeur ; il fut assez heureux pour Patteindre.
Le but de la tragédie est de présenter une scène de bonheur ou d^infortune résultant des actions des hommes. La catastrophe nous apprend à éviter les fautes qui conduisent les hommes à leur perte , et à suivre la route qui mène au bonheur. Une pitié généreuse se répand dans tout Tauditoire; on se réjouit de voir la vertu résister à la tyrannie, échapper aux pièges des méchans; et quand la scélératesse triomphe , on se sent enflammé d'indignation. Une grande diversité d'émotions de
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toute espèce entretient les spectateurs dans cette heureuse situation d^esprit qui leur fait sentir avec plaisir qu"'ils sont toujours animes des sentimens que la main de la nature a graves dans le cœur de tous les hommes.
Mais ce n'est pas encore assez. Le tableau des anciens temps, et des hommes qui ont figuré autrefois sur le théâtre du monde , ne contribue pas peu à agrandir le cercle de nos connaissances. Après avoir assisté à une bonne tragédie, bien des gens ont recours aux pages de Fhistoire, et y apprennent ce qu'ils n'auraient jamais "su sans cela. Garrick vit toutes ces utiles conséquences sous leur véritable point de vue. Il regardait la tragédie comme un miroir dans lequel les amateurs de spectacle voyaient se peindre d'anciens événemens, et c'était pour cette raison qu'il mettait toujours en scène les productions de nos plus grands auteurs. La poésie dramatique était, à son avis^ une branche importante de la littérature, une branche à laquelle l'honneur du pays était attaché. En vain Voltaire , faisant un vain effort pour s'élever lui-même , employa-t-il sa plume à rabaisser le génie d'un poëte tel que Shakespeare; en vain il l'accusa