CHAPITRE XVII
muses qu^il se délassait des fatigues de sa profession. Il pouvait leur dire :
Finire quœrentem labores Pierio recreatis aiitro.
Mais il était poëte par boutades. S^il eût consacré à la poésie , avec suite et régularité, toutes ses heures de loisir, on ne peut douter qu'il n'eût été en état de produire quelque ouvrage important. La comédie du Mariage clandestin est une preuve suffisante qu'il pouvait s'élever au premier rang dans la poésie dramatique , puisqu'on voit que , lorsqu"'il eut le temps de s'occuper de cette pièce pendant son voyage sur le continent, il se montra capable , tant par les avis qu'il donna à Colman, que par la part qu'il prit à cette pièce, dont il écrivit le principal rôle (celui de lord Ogleby), de produire une de nos meilleures comédies modernes. Au surplus, en ne le considérant que comme un partisan qui a fait des excursions dans le domaine des muses, on doit convenir que son génie actif contribua beaucoup à varier les plaisirs du public. Nous
avons déjà parlé des différçns ouvrages qu'il
mit sur le ibéâtre, et quiconque en parcourra la liste n^hësitera pas à prononcer qu'il a laisse aux directeurs prësens et futurs , sua si hona nôrinty quelques-unes des meilleures petites pièces du théâtre anglais.
Que dirons-nous maintenant de ses prologues et de ses épilogues^ dont le nombre sVlève à plus de quatre-vingts ? Dryden avait une fabrique pour ce genre de productions, et cependant sa liste n'est pas à moitié aussi nombreuse que celle de Garrick. Il est vrai que Dryden était passé maître dansTart delà versification ; mais il s'était laissé gagner par la licence contagieuse qui régnait du temps de Cbarles II. On regrette de trouver dans ses prologues et dans ses épilogues des allusions trop fréquentes aux débaucbes des libertins et des femmes galantes, et son style, quand il parle de leurs intrigues^ devient trop grossier pour être supportable. Ceux de Garrick au contraire ne contiennent pas un seul mot qui puisse blesser l'oreille la plus modeste. Tout y est gaieté et plaisanterie innocente. Quelle aisance dans la versification ! Quels traits d'esprit légers etbrillans ! Quelle variété d'invention !