CHAPITRE XVir
rence qu'ils pussentle lui rendre (1). M. Christie de Pall-Mali, se cite lui-même comme un exemple delà générosité de Garrick, et jamais il n'en parle qu'avec l'accent de la reconnaissance. Dans un moment où il se trouvait fort gêné par suite de la mort de M. Chase Price, qui lui faisait éprouver une perte considérable , étant allé faire une visite à Hamp- , ton avec son ami Alban j Wallis , celui-ci en Se promenant dans le jardin avec Garrick, lui conta l'embarras dans lequel était leur ami commun. Garrick ne répondit rien ; mais
(1) Les traits qui constatent la générosité de Garrick sont plus nombreux et plus authentiques que ceux qui sont relatifs à son avarice supposée. En voici quelques-un^ cités par Davies.
Un de ses amis le sollicitait un jour de donner une bagatelle à une pauvre veuve dont il venait de lui peindre la situation malheureuse. «Combien lui donnerai-je? de- » manda Garrick. — Deux guinées. — Non; je n'en ferai » rien. — Eh bien , ce qu'il vous plaira, v Garrick lui remit un billet de banque de trente livres sterling.
Une femme qui n'avait d'autre titre pour lui demander des secours que de l'avoir connu dans son enfance , et d'avoir été liée avec sa famille à Lichlfield , s'étant adressée à lui pour lui exposer la gène dans laquelle elle se trouvait , il lui fit présent d'une somme de cent livres.
prenant ensuite à part M. Christie : <( Quelle » est donc cette histoire que Wallis vient
Un homme, généralement aimé et estimé, lui avait emprunté cinq cents livres dont il lui avait fait un billet. Un revers de fortune dérangea totalement ses affaires ; et ses parens et ses amis , voulant le tirer d'embarras , s'assemblèrent un jour , afin de prendre des mesures pour satisfaire ses créanciers. Garrick en fut averti ; mais au lieu d'en profiter pour demander le paiement de sa créance , il renvoya à son débiteur sa reconnaissance de cinq cents livres, en lui mandant que, sachant que ce jour devait être pour lui un jour de bonheur, il lui envoyait un morceau de papier dont il le priait de se servir pour allumer un feu de joie.
Un chirurgien, habile dans sa profession, intimement lié avec Garrick , lui disait un jour , après av^oir dîné chez lui, que ses affaires étaient dans une telle situation , que , s'il ne trouvait à emprunter mille livres sterling , il ne savait quel parti prendre. « Mille livres sterling ! s'écria « Garrick; diable! savez-vous que c'est une somme? Et 3) quelle garantie avez-vous à offrir? — Pas d'autre qu'une » reconnaissance , répondit le chirurgien. — Jolie garan- » tie ! reprit Garrick; mais consolez-vous, je connais » quelqu'un qui s'en contentera. « Et se mettant à son bureau , il lui donna un mandat de mille livres sur son banquier. Jamais Garrick ne reçut ni ne demanda un seul schelling de cette somme.
« Vous qui doutez de la bienfaisance et de la charité de )) M. Garrick , dit Davies, allez à Hampton , et écoulez ce 5) que chaque habitant de ce village vous dira de lui; » voyez si sa perte n'y est pas universellement sentie , si