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fâcheux de ses finances. Elle en fat si touchée , quVlle pria la maîtresse du cabaret de lui donner un logement chez elle, et répondit du paiement du loyer. Elle en était connue , attendu qiiVlle servait dans une maison du voisinage ; et diaprés sa recommandation , Charles fut logé à Fétage le plus élevé de la maison.
Ce cabaret était fréquenté par une troupe de bateleurs qui jouaient des parades , et faisaient des tours de force et de passe-passe. Charles les fréquenta , s^appliqua à les imiter, et les surpassa. Uhôtesse, veuve de moyen âge, le traitait avec bonté, et Charles, sensible à cette conduite , voulut lui prouver sa reconnaissance en se rendant utile dans sa maison. Sans être garçon de cabaret en titre, il en remplit les fonctions; mais il fit encore mieux, car il y attira la foule. Il chantait, dansait, imitait les bateleurs qu'il avait vus, faisait force bouffonneries; plusieurs clubs s''établirent dans le cabaret pour jouir des talens du nouveau garçon; bref, en très- peu de temps, le produit du cabaret se trouva triplé.
Les yeux de son hôtesse sVtaient souvent arrêtés sur lui avec complaisance , elle avait conçu pour Macklin une passion à laquelle son intérêt donnait une nouvelle force. Mais
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elle était retenue par la crainte du qiHen dira-t-on. Prendre pour mari un enfant sans barbe, un étranger, un Irlandais surtout ! Cependant le combat ne flit pas long, elle ne tarda pas à lui faire part de ses vues , et à le déterminer à la suivre dans une maison, où un de ces prêtres, qui sont en général excommuniés par FÉglise, rivait à bon marché, et sans aucune formalité, la chaîne du mariage (i). Cette union prétendue ne fît point de tort à ses affaires. La foule redoubla au cabaret, et chacun voulait y aller plaisanter aux dépens des époux supposés. L^hôtesse feignait de rougir et voulait se cacher; mais Charles repoussait les sarcasmes par des quolibets , mettait les rieurs de son côté, et semblait
(i) « Dans ma jeunesse, » écrivait Pennant en 1780, « lorsque je passais dans Fleet-street , près de la prison qui porte le même nom , on m'a souvent adresse la question : « Monsieur, voulez-vous vous marier? » On voyait au-dessus de plusieurs portes une enseigne représentant deux mains jointes ensemble, et on lisait au-dessous l'inscription suivante : Ici on fait des mariages. Un sale coquin vous invitait à entrer dans la maison ; vous y trouviez un ministre couvert d'une robe de chambre de tartane en guenilles, la figure enluminée, ayant l'air aussi dévergondé qu'il était mal-propre, et qui, pour une demipinte d'eau-de-vie ou une once de tabac , était prêt à vous unir. C'est au chancelier lord liardwicke , qu'on doit la destruction de ces repaires. »
( Note du traducteur. )
se faire un malin plaisir de montrer aux curieux celle qui s^imaginait être devenue son épouse.
Pendant ce temps , mistriss O^Meallj était fort inquiète pour son fils; elle Favait fait chercher inutilement dans tous les coins de Tirlande; car elle n'avait pas le moindre soupçon qu'il pût être allé en Angleterre; un voyage en ce pays était une entreprise à laquelle un Irlandais , à cette époque , ne se décidait qu'après y avoir bien des fois réfléchi. Elle fut tirée d'incertitude par une lettre qu'elle reçut de son ancienne servante, de celle qui avait fait entrer Charles dans le cabaret qu'il habitait alors. Cette bonne fille voyant la vie que Charles menait dans cette maison , et l'union extraordinaire qu'on lui avait fait contracter , le regarda comme un jeune homme qui courait à sa perte, et crut devoir en donner avis à sa mère.
Mistriss O'Meally , charmée d'apprendre des nouvelles de son fils, ne perdit pas un instant pour rappeler près d'elle l'enfant prodigue. Elle avait à Londres un parent, M. Sullwan, qui faisait commerce avec l'Espagne. Elle lui écrivit sur-le-champ , lui transmit la lettre de son ancienne servante, y joignit les attestations nécessaires pour prouver la minorité de Charles, et le pria de
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prendre les mesures les plus promptes pour le lui renvoyer.
Armé de Fautorité maternelle , et muni des pièces nécessaires pour la faire respecter, M. Sullivan se rendit à Fadresse qui lui avait été indiquée , et sans préambule inutile apprit à la maîtresse du logis le motif de sa visite. Elle voulut d'abord faire valoir la cérémonie nuptiale; mais M. Sullivan lui démontra la nullité de ce mariage, en lui prouvant la minorité de son prétendu mari, la menaça d'avoir recours aux magistrats civils , et après avoir bien défendu le terrain , elle se reconnut vaincue, et promit que le jeune Charles se rendrait le lendemain matin chez M. Sullivan, dans la cité.
M. Sullivan resta chez, lui toute la matinée, pour attendre son jeune parent qui ne se montra point; et dès qu'il eut diné, il retourna à SoutlîAvark. La cabaretièrelui dit que M. Mac- Langhlin était sorti depuis le matin , et passant de là aux lamentations, elle s'écria que le départ de Charles causerait sa ruine et ferait déserter sa maison. M. Sullivan qui soupçonnait, comme le fait était vrai, que Charles était en ce moment même caché dans la maison , lui répondit qu'il ne pouvait se rendre à ses plaintes ; que le jeune Mac- Langhlin était né pour être tout autre chose
qu^un cabaretier;que son chagrin ne pouvait se comparer à la douleur d'une mère respectable qui avait perdu avec son fils les plus chères espérances de sa vie; enfin que si Charles ne lui e'tait représenté à Finstant , il allait requérir Fassistance d'un magistrat. Cette menace fit des merveilles ; Charles sortit de sa cachette, accompagna M. Sullivan chez lui, et fut renvoyé en Irlande par la plus prochaine occasion. Sa mère le reçut à bras ouverts, et Charles la revit avec le même plaisir, car, malgré son escapade , il Faimait autant qu'il en était aimé.
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