CHAPITRE IL
Pendant Fabsence de son fils , mistriss O^Meally avait fait une perte considérable par la mort d^un M. O^Kelly. C'était un de ses parens éloignés qui, ayant embrassé, lors de la révolution , le parti du plus fort, jouissait d'un grand crédit à la cour de Guillaume III, et lui avait promis de s'employer en faveur de Charles. I.a fortune de mistriss O'Meally et de son époux ne leur permettait pas d'établir Mac-Langhlin dans le monde d'une manière conforme à ses inclinations, car il avait pris du goût pour les lettres, et ne pouvait plus songer à autre chose. Il passa donc quelques mois chez ses parens , pendant que ceux-ci réfléchissaient à ce qu'ils pourraient faire pour lui.
Pendant ce temps, il fit connaissance avec quelques jeunes gens qui fréquentaient la taverne de son beau-père, et qui étaient sous-gradués du collège de la Trinité, à
Dublin. Us s^amusaient beaucoup à Fentendre chanter des chansons joviales, et raconter des anecdotes , des histoires plaisantes, et à le voir contrefaire divers personnages bien connus. Ils lui prêtaient des livres qu^il dévorait, et toutes les fois qu^il allait en chercher au collège , on Vy retenait toute la journée, de sorte qu'ion aurait pu dire qu^il y était résident. Il saisissait toutes les occasions de se rendre utile à ses jeunes amis , en se chargeant de leurs messages, et la vie d^une taverne lui déplaisant souverainement, il résolut de passer au collège le plus de temps possible , et de mettre à profit toutes les occasions qui se présenteraient d'acquérir des connaissances. Ce fut dans cette vue qu'il accepta la place inférieure de badgeman (i) , et il en remplit les fonctions jusqu'à Tàge de 21 ans.
A cette époque , un frère de mistriss O'Meally, le capitaine O'Flanagan, qui servait en Allemagne , fit un voyage en Irlande , tant pour y voir ses parens, que pour
(1) Littéralement, komme à plaque. Le badgeman n'était autre chose qu'une espèce de commissionnaire aux ordres de tous les écoliers du collège : il portait au bras une plaque indicative des fonctions qu'il repiplissait.
( ISote dû traducteur. )
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y lever des recrues. Son neveu Charles lui ])lut; il lui promit de Favancer dans le monde , s'il voulait suivre ses avis. Lorsqu'il fut sur le point de repartir pour FAllemagne , il l'engagea à l'accompagner; lui dit qu'il lui obtiendrait sur-le-champ le grade de sous-officier , et qu'il avait assez de crédit pour lui assurer un prompt avancement dans le service militaire. Plein de cet espoir flatteur, Mac-Langhlin quitta pour la seconde fois son pays natal; mais il eut la satisfaction de penser que , pour cette fois , il le quittait avec l'approbation et le consentement de sa mère.
Le capitaine O'Flanagan avait des amis à Londres, il s'arrêta un mois dans cette ville pour jouir de leur société, et Mac-Langhlin profita de cette occasion pour revoir quelques-unes de ses connaissances de Southwark. Nous devons dire ici que , lorsque la fortune le favorisa davantage , ayant appris que la veuve qui l'avait si bien accueilli, était tombée dans l'indigence , il la mit en état de passer le reste de ses jours à l'abri du besoin.
Tandis que l'oncle prenait congé de ses amis , le neveu formait des liaisons intimes avec une compagnie d'histrions ambulans , à qui il avait été présenté par quelques-uns
des bateleurs quvil avait connus deux ans auparavant; et quand le moment fixé pour le départ fut arrivé, il ne se montra point. Le capitaine l'attendit trois jours. Au bout de ce temps , il en reçut une lettre où Charles lui annonçait, le plus poliment possible, qu'il ne raccompagnerait pas en Allemagne, attendu qu'une perspective plus avantageuse s'ouvrait devant lui , d'un autre côté. Son oncle fut donc obligé de partir seul , mais il eut soin d'écrire à sa sœur, pour l'informer de la conduite étrange du jeune homme, et joignit à sa lettre celle qu'il en avait reçue.
Charles était alors dans un réduit obscur de Clerkenwell (1), avec la troupe à laquelle il venait de s'associer, toute composée de bateleurs , de danseurs de corde , et de faiseurs de tours. Ils ne jouaient que des parades du genre le plus bas , et Charles y était chargé des rôles dH Arlequin , de Scaramouche f etc. Il prit aussi parmi eux des leçons de l'art de boxer, et se rendit habile dans cette science. Il passa ainsi plusieurs mois , et cette époque de sa vie ne fournit pas beaucoup de matière à son biographe.
(i) Faubourg de Londres. {Noie du traducteur.)
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Pendant ce temps , sa mère inconsolable mettait tout en œuvre pour retrouver son jfils une seconde fois, et quiconque partait dlrlande pour Londres, était chargé d'y chercher le fugitif. M. Malone , aïeul de l'homme de lettres du même nom, qui s'est rendu célèbre par divers ouvrages, et notamment par ses commentaires sur Shakespeare , à force de zèle , de soins et de persévérance, réussit dans cette recherche, il parvint à découvrir l'endroit où logeait Mac-Langhlin , et s'y étant rendu lui-même , il lui peignit si vivement le chagrin qu'il causait à sa mère, que Charles se détermina à retourner avec lui en Irlande.
Mistriss O'Meally le reçut sans lui faire de reproches; ses prétentions pour son fils avaient déchu ; elle commençait k être assez indifférente sur l'état qu'il choisirait. Son principal désir était qu'il conservât de bonnes mœurs, et qu'il ne changeât pas de religion; car, quoique son second mari fût protestant , elle était catholique , et Charles avait été élevé dans les mêmes principes. Elle n'avait aucune inquiétude, tant qu'il serait près d'elle, attendu qu'il était aussi docile que soumis (i); elle se borna
(1) On assure qu'il se fit protestant à l'âge de quarante ans. {Note du traducteur.)