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donc à le prier de ne plus quitter Dublin. Il reprit les fonctions de hadgeman au collège de la Trinité'. Peu de temps après , M. O'Meally quitta sa taverne , pour prendre une auberge à Cloncurry, à dix-huit milles de Dublin. Charles s^ rendait tous les samedis soirs, allait le dimanche à la messe avec sa mère , et retournait au coUe'ge le lundi matin.
Quatre ans se passèrent ainsi. Il allait entrer dans sa vingt-septième année, quand il commença à penser qu^il avait fait d'assez grands sacrifices à la tendresse de sa mère, et qu'il était temps qu'il songeât à se procurer un état, et à faire son chemin dans le monde. 11 résolut donc de retourner sur ce qu'il regardait comme le grand théâtre de l'univers, et de se rendre de nouveau dans le lieu où il savait que chacun pouvait trouver le juste prix de ce qu'il y apportait, marchandises, travail de corps, ou facultés intellectuelles. Avant de partir pour l'Angleterre, il écrivit à sa mère pour lui annoncer sa détermination bien positive, de ne revenir en Irlande, que lorsqu'il se serait fait un état indépendant, et pour lui promettre de lui donner de temps en temps de ses nouvelles. Craignant pourtant qu'elle ne le fit encore cherchera Londres, il résolut d'aller
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^rabord à Bristol. Il s^embarqiia donc à bord d'un bâtiment qui se rendait en cette ville et charma Fennui du voyage en lisant et relisant un volume des comédies de Beaumont et Fletcher.
A Bristol se trouvait une compagnie de comédiens ambulans, qui y avaient ouvert un petit théâtre, avec la permission du maire de la ville. Un acteur et une actrice logeaient dans la même maison que Mac-Langhlin , petite boutique de tabac , située tout à côté du théâtre. Il eut bientôt fait connaissance avec eux. Ils le conduisirent d'abord à une répétition, puis au spectacle, et le présentèrent enfin au tout-puissant seigneur , leur directeur. Celui-ci entendit avec plaisir quelques remarques fort sensées que fît Charles, tant sur le théâtre en général, que sur le jeu des acteurs ; et celui-ci ayant donné quelques échantillons de ses talens, tant pour le débit que pour la caricature , il lui accorda ses entrées. Quelques jours après , il dit qu'il remarquait en lui des dispositions pour la comédie, et lui proposa de s'enrôler sous ses bannières. Le goût du théâtre était inné chez Mac-Langhlin ; c'était un feu qui n'attendait qu'une étincelle pour se développer ; il accepta sur-le-champ cette proposition; Richard III fut choisi pour son début, et
Ton annonça sur les affiches manuscrites, qui furent placardées dans tous les coins de la ville , que le rôle de Richmond serait joué par M. Mac-Langhlin , qui n^avait jamais paru sur aucun théâtre.
M. Mackîin convient qu'il avait alors un accent irlandais très - fortement prononcé. Nos lecteurs auraient donc peine à concevoir les applaudissemens qu''il reçut dans cette pièce, si nous ne lui disions que Bristol était presque une ville irlandaise en Angleterre. C'était Fentrepôt de presque tout le commerce d'Irlande , et un grand nombre d'Irlandais Y avaient fixé leur domicile. L'accueil flatteur qu'il éprouva fut donc peut-être dû à cette circonstance, autant qu'à la supériorité de ses talens sur ceux des acteurs avec lesquels il jouait. Il n'obtint pas moins de succès dans d'autres rôles. A la fin de la saison, il partit de Bristol, avec la compagnie dont il faisait partie , pour faire une excursion dans les comtés de l'ouest de l'Angleterre. Il se rendait utile à la troupe dans, plus d'un genre. Tantôt il était l'architecte et le charpentier qui plaçait le théâtre et les décorations dans une grange; tantôt il composait un prologue ou un épilogue pour une pièce. On l'a vu, dans la même soirée, jouer les rôles ai Antonio et de Behidera dans
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Fenise saiwécj celui ai Arlequin dans la pantomime, chanter trois chansons bouffonnes entre les actes, et danser une gigue irlandaise entre les deux pièces; tout cela dans un temps où sa part dans les profits ne montait guère qu'*à cinq ou six pences par jour ( 1 ) , quoiqu''il tint le premier rang dans la compagnie , après le directeur.
L^ambition de Mac-Langhlin était de paraître sur un des théâtres de la capitale ; mais il sentait qu'il ne pouvait sY montrer avec succès , que lorsquHl se serait complètement débarrasse de son accent irlandais. Il lui fallut , pour y réussir , beaucoup de temps , dVfforts et de travail, et ce fut pour cela qu'ail passa plusieurs années dans différentes compagnies de comédiens ambulans , où il commença à acquérir de la réputation. Il venait d'atteindre trente ans , lorsqu'il s'engagea dans celle de M. Watkins; et comme il paraissait beaucoup plus jeune qu'il ne l'était réellement, on croit que ce fut à cette époque qu'il se rajeunit modestement d'une dixaine d'années.
Deux raisons pouvaient l'y déterminer.
(i) Dix à douze sous. {Note du traducteur.)
Tous les acteurs de cette compagnie étaient fort jeunes, quoique plus anciens que lui dans leur profession : il y voyait une jeune et belle actrice , miss Jackson , à qui il voulait plaire; il pouvait craindre qu^un galant de trente ans ne lui parût déjà vieux. Quoi qu^il en soit, il passa dans cette troupe pour nVvoir que vingt ans, et cette erreur, une fois admise comme vérité', se perpétua pendant tout le reste de sa vie.
Ce ne fut pas sans succès qu^il fit la cour à la belle miss Jackson. Ils ne tardèrent pas à contracter ensemble ce qu'on peut appeler un mariage de théâtre. Elle était bonne actrice; mais elle avait un cruel défaut; c'était une passion immodérée pour les liqueurs fortes. Toutes les remontrances de Charles furent inutiles ; il ne put la déshabituer de ce funeste penchant. Elle poussa les choses si loin, quVlle portait toujours en poche une bouteille de rhum pour y avoir recours au besoin. Cette circonstance fournit au mari de théâtre , foccasion de lui donner une forte leçon, dont elle aurait pu profiter. Un jour qu'il jouait avec elle , et qu'il avait une canne à la main , il gesticula de manière qu'il brisa , sans affectation , la bouteille qu'elle avait dans sa poche , et tout le rhum
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quVlle contenait coula sur le the'âtre au milieu des éclats de rire de tous les spectateurs, dont la gaieté' redoubla encore, à la vue des grimaces comiques que faisait Mac-Langhlin. Cet incident fit d^abord quelque impression sur Tesprit de la jeune actrice; mais Thabitude reprit bientôt le dessus, elle retourna au rhum avec plus d** ardeur que jamais. Charles la reconnut incorrigible , et ce fut sans beaucoup de regret qu^il vit arriver Fëvënement qui mit fin à leur liaison.
Cet événement eut lieu à Haverfordwest , où la troupe ambulante fut stationnaire pendant quelque temps. Un M. Williams, homme fort riche, avec qui Mac-Langhlin avait contracte une liaison intime, y devint ëperdûment ëpris de miss Jackson. Il en parla franchement à Charles, et lui tëmoigna le dësir qu'il avait de Tëpouser. Mac-Langhlin lui dit quMl renoncerait volontiers pour lui à toutes prëtentions sur le cœur de la jeune actrice ; mais qu'il l'invitait à y rëflëchir , attendu le penchant incurable qu'elle avait pour les liqueurs fortes. La passion de M. Williams l'emporta sur la prudence; il ëpousa miss Jackson , près de laquelle Mac-Langhlin joua le rôle de père pendant la cërëmonie du mariage. Mais, en dëpit de toutes les représentations de son mari, la jeune épouse
continua Fusage du rhum avec excès, et six mois après son mariage, elle mourut d^une maladie occasionèe par cette funeste habitude.
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