‹ Mémoires sur GarrickChapitre 142 sur 148 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

]Ne se trouvant plus attache à Drury-lane , Macklin fut obligé de chercher tVautres moyens (inexistence , et il ne tarda pas à em trouver. Il rassembla quelques acteurs médiocres et quelques individus qui désiraient embrasser la même profession, parmi lesquels se trouvaient le docteur Hill et le célèbre M. Foote. Il entreprit de les former, et se rendit le chef de cette compagnie. C'était un projet presque téméraire, et cependant il réussit à Texécuter avec tant de promptitude que, dès le 6 février 1744? il hit en état d'ouvrir le théâtre d'Haj-marketparune représentation diOtJiello, La salle était complètement pleine. Foote jouait le rôle du More f Macklin celui dHIago; ils obtinrent tous deux des applaudissemens unanimes , et furent mieux secondés par les autres acteurs qu''on n'aurait pu Tespérer. Le docteur Hill a si bien rendu compte de la méthode

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que suivait Macklin pour instruire ses élèves, que nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici ses propres expressions.

(( Il fut un temps , dit-il , où , dans la tragédie , tous les gestes étaient forcés et outre nature , où la déclamation était une espèce de chant. Nous sommes maintenant plus voisins du vrai, et Ton doit dire, à Thonneur de M. Macklin, que ce fut lui qui commença ce changement important. Il recommandait à ses élèves de débiter leurs rôles du ton qu^ils prendraient, s^ils avaient occasion, dans le cours de la vie, de prononcer les mêmes paroles ; il leur apprenait ensuite à j donner plus de force, mais en conservant le même accent, les mêmes inflexions de voix.

)) Si , dans les répétitions , un acteur faisait mal sentir les repos , ou prenait un ton faux, ilTarrêtait sur-le-champ, lui faisait apercevoir sa faute , le ramenait dans le bon chemin ; et ce fut par cette méthode bien simple , quMl forma des acteurs qui surprirent tous ceux qui les entendirent, et dont quelques-uns arrivèrent à la prééminence dans leur art(i). )>

(i) « Macklin , dit l'auteur que nous avons cite dans la note qui précède, fut le précurseur de Garrick dans la grande révolution qui scffectua dans la déclamation

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Tandis quMl remplissait à Hay-market les fonctions de directeur, d'instructeur et d'acteur, rinconduite de Fletwood Pobligea de vendre Tentreprise de Drury-lane. Deux banquiers de la cité, MM. Green et Amber, en firent Facquisition en i744i et s'associèrent M. Lacy , qui devint le directeur de ce spectacle. Le premier soin de celui-ci fut de s'attacher de bons acteurs ; il rappela Macklin et mistriss Macklin , et fît venir de Dublin M. Barry, qui fut, sans contredit, un des meilleurs acteurs de l'Angleterre pour les rôles de jeunes premiers et d'amoureux, et qui fut , en grande partie , redevable de son succès aux leçons qu'il reçut de M. Macklin.

La rébellion d'Ecosse , en 174^ , fit le plus grand tort à tous les spectacles, et, malgré tous les efforts du directeur et des acteurs , le théâtre de Drury-lane ne fut que très-médiocrement suivi. Ce fut pendant cette année que M. Macklin s'éleva au rang d'auteur pour la première fois. Il fit représenter une

théâtrale; mais il n'avait pas tout ce qu'il fallait pour s'ériger en chef de secte. Bien des années auparavant (en 172 5) il avait débuté au théâtre de Lincoln's-Inn , et Rich, qui en était le directeur, lui avait refusé un engagement parce que son débit était trop familier. Il en fut bien vengé quand il vit ce dsbit recevoir l'approbation universelle. »

( Note du traducteur.)

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tragédie intitulée iT^/zn Fil ^ fondée surFhistoire bien connue de Perkin-Warheck. Le plan en était bien conçu, mais le style en est peu élégant. On ne peut être surpris qu^il n'ait pas réussi dans ce premier essai; car M. Lacy , qui lui avait fourni Tidée de cette pièce, ne lui donna que six semaines pour la composer. Elle eut pourtant cinq représentations.

Deux comédies qu'il donna Tannée suivante , n'obtinrent pas plus de succès. L'une , intitulée la Critique du Mari soupçonneux , ou la Peste de Venw! était une apologie du Mari soupçonneux du docteur Hoadly (i).

L'autre, Y a-t-il un testament? ou un os pour les hommes de loi y ne fut jouée qu'une seule fois, pour une représentation à bénéfice.

Ce fut pendant cette année que MM. Green et Amber ayant fait banqueroute , Garrick et Lacy devinrent conjointement directeurs de Drury-lane. La meilleure intelligence régna entre eux, et ils se partagèrent les soins de l'entreprise de la manière la plus convenable à chacun d'eux. M. Lacy eut le soin de tout le matériel du théâtre, et Garrick fut chargé

(i) Pièce qui avait eu le plus grand succès, en dépit d'une cabale , et qui est restée au théâtre. {Note du trad.)

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de traiter avec les auteurs et les acteurs, et de surveiller les répétitions. Garrick était sûr d^attirer une chambrée complète toutes les fois qu^'il jouait, et Lacy, dans toutes les branches qui le concernaient, costumes, décorations , etc. , ne négligeait rien de ce qui pouvait plaire au public. Les affaires de Drury-lane arrivèrent donc, sous leur administration , à un grand état de prospérité. Cette même année, M. Macklin donna le Club des Coureurs de fortune , pièce qui n''obtint encore que trois ou quatre représentations.

Quoique Macklin eût de justes sujets de plainte contre Garrick , il eut la générosité de les oublier. Sa femme et lui restèrent à Drury-lane, et ces deux acteurs redevinrent amis. Ils formèrent même, en 1747? une association théâtrale assez singulière, et ils y admirent en tiers mistriss Woffington. Ce triumvirat dramatique ( on doit nous pardonner cette expression , car cette actrice ressemblait plus à un homme qu'à une femme) (1), entreprit de fonder une école de

(1) Ce n'est pas que cette actrice eût rien de masculin dans la figure. Elle était jeune, jolie, bien faite, et avait beaucoup de talent. L'auteur fait allusion ici aux succès qu'elle avait obtenus dans plusieurs rôles d'homme, et sur-

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goût, de jeu, de théâtre et de déclamation. Ils résolurent de demeurer ensemble , et de n^avoir qu'une seule bourse ; ils louèrent une maison, sY établirent, et pendant quelque temps tout alla au mieux. Mais on était convenu de régler les comptes tous les trois mois , et, au bout du premier trimestre, la bourse commune se trouva trop légère de quelques centaines de livres. Il fallut en rechercher la cause. Il fut reconnu que Garrick avait été trop grand train ; des querelles et des al-

tout dans celui de sir Harry Wildaii\ qui avait commence sa réputation. Elle ne passait pas pour avoir des mœurs très-sévères, elle avait vécu long-temps dans une grande intimité avec Garrick , et s'était persuadée qu'il finirait par l'épouser. Un jour qu'elle le serrait de près à ce sujet , Garrick lui avoua franchement que , quoiqu'il l'aimât beaucoup , il ne pouvait se résoudre au mariage. Elle se sépara de lui à l'instant, et elle ne voulut plus avoir avec lui d'autres relations que celles que leur profession rendait inévitables. Elle lui renvoya tous les présens qu'elle en avait reçus. Garrick en fit autant de son côté ; mais il retint une paire de boucles de diamans qu'elle lui avait données. Elle s'aperçut du déficit^ crut que c'était un oubli, attendit quelques jours , et finit par lui écrire pour les lui redemander. Garrick lui répondit que c'était un souvenir de ses bontés qu'il désirait conserver, et il les conserva effectivement. Elle passa bientôt à Dublin , oîi Shéridan lui donna huit cents livres d'appointemens. Ensuite elle s'engagea à Covent-Garden, eut partout le plus brillant succès, et mourut à l'âge de quarante-deux ans. ( Note du traducteur. )

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tcrcalions furent la suite de cette découverte; et ce nouveau genre de commerce se termina bientôt par une dissolution de société. Dans le printemps de la même année , M. She'ridan, directeur du théâtre de Dublin, vint chercher à Londres des recrues pour la saison suivante. Il s^adressa à Macklin, lui offrit un traitement de huit cents livres pour lui et sa femme, et ceux-ci acceptèrent un engagement de deux ans. Ils se rendirent donc en Irlande , et y obtinrent les applaudissemens du public toutes les fois qu'ils parurent sur le théâtre. Mais au bout de quelques mois , des querelles sVlevèrent entre le directeur et l'acteur. Shéridan congédia Macklin et sa femme au milieu de la saison théâtrale, et refusa de leur payer la somme qu'il leur avait promise. Macklin lui fît un procès en la cour de la chancellerie; Shéridan déposa trois cents livres, et, après quelques plaidoiries , Macklin accepta cette somme et repartit pour l'Angleterre au commencement de 1749 (i)- Il s'associa avec une assez bonne troupe de comédiens qu'il trouva

(1) On a remarque que Macklin ne fut presque jamais sans quelque procès. Ce fut une des causes qui l'empêchèrent de devenir riche. On en verra ci-après encore pi usieurs preuves . ( Note du traducteur. )

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à Chester, en devint le directeur, et y joua avec succès pendant le printemps et une partie de Tête suivant.

Il arriva à Londres vers la fin de Pété , à Tepoquc de l'élection de Westminster, qui fut si chaudement dispute'e entre lord Trentham et sir George Vandeput. Voici une anecdote relative à ce sujet, que nous avons entendu raconter plusieurs fois à Macklin.

Le docteur Barrowby, ami particulier de Macklin , favorisait fortement sir George Vandeput. Il était me'decin du fameux Joe Weatherby , maître de la taverne de la Tête de Ben Johnson dans Russel-street , lequel était dangereusement malade à cette e'poque , et il avait entendu sa femme regretter bien souvent que la santé de son mari ne lui permit pas d'aller donner sa voix à lord Trentham. Un matin , il le trouva entre les mains de deux domestiques qui rhabillaient, quoiqu'il pût à peine se soutenir. « Comment ! comment ! s'écria- t-il ; pourquoi quittezvous le lit sans ma permission ? — Mon cher docteur, répondit Joé, je vais à l'élection. — A l'élection ! vous voulez dire dans l'autre monde , répliqua Barrowby qui supposait que le mari épousait , comme la femme, la cause de lord Trentliam ; recouchez - vous sur-le-champ , ou vous

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êtes un homme mort. — Si la chose est ainsi , docteur , je suivrai votre avis. Je voulais profiter de Tabsence de ma femme pour aller donner ma voix à sir George.

— Que dites - vous , Joe ? à sir George Vandeput ! — Oui, je désire qu^il réussisse.

— Un moment donc , un moment î Ne lui ôtez pas encore ses bas ; que je lui tâte le pouls Il est bon Beaucoup meilleur qu'hier.... Vous avez pris les pillules que je vous ai ordonnées? — Oui , docteur , elles m'ont bien fatigué ! — Tant mieux; et comment avez -vous passé la nuit ? — Assez bien. — Allons , allons , les inquiétudes de Tesprit influent sur la santé du corps , et puisque vous avez tant d'envie d'aller à l'élection, je vais vous y mener dans ma voiture. » Le docteur y conduisit son malade; Joé eut la satisfaction de donner sa voix à sir George Vandeput; et deux heures après que son médecin l'avait fait remettre au lit , il n'existait plus.

Dans l'hiver de 1749 7 Barry et sa femme furent engagés à Covent-Garden ; Barry et mistriss Cibber, étant mécontens de Garrick, abandonnèrent Drury-lane pour passer au même théâtre , et l'on y vit bientôt arriver aussi Quin et mistriss Woffington; ce qui

rendit la compagnie de M. Rich une des plus fortes qu*'on eût vues depuis long-temps à ce spectacle.

L^ouverture s''en fit le 24 septembre par Y Avare de Fielding (1). Macklin dans le principal rôle , celui de Loi^egold^ et sa femme dans celui de Lappet, y furent couverts d''applaudissemens. En octobre suivant , les deux théâtres donnèrent en concurrence, pendant un grand nombre de soirées successives, Roméo et Juliette, Les rôles des deux amans étaient remplis à Govent-Garden par Barry et mistriss Cibber , et à Drury-lane par Garrick et mistriss Bellamy. Le public courut d'abord en foule aux deux spectacles pour juger les acteurs ; mais il finit par sVnnuyer de voir toujours la même pièce, il abandonna Tun et Tautre , et les directeurs perdirent considérablement par suite de cette contestation mal entendue. Nous avons souvent entendu M. Macklin déclarer que Barry était le meilleur Roméo qu*'il eût jamais vu , et que les talens de Garrick ne convenaient nullement à ce rôle. Quoi qu''il en soit , mistriss Cibber se trouvant épuisée de fatigue,

(1) Pièce imitée de \ Avare de Molière. « Excellente copie du tableau d'un grand maître, » dit M. Murphy.

{Note du traducteur.')

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le directeur de Covent-Garden fut obligé d^annoncer une autre pièce , et si Garrick, comme le dit Fauteur de sa vie , ne remporta pas tout-à-fait les honneurs du triomphe , il eut du moins la satisfaction de rester maître du champ de bataille.

La remise au the'âtre du Refus (i), en 1700, fit pleuvoir Fargent dans les coffres de Covent- Garden; et la manière dont Macklin joua le rôle de sir Gilbert Wr angle ^ ajouta un nouveau fleuron à sa couronne.

(1) Le Refus j ou la Philosophie des Femmes ^ comédie par Colley Cibber. Cette pièce est imitée de l'Ecole des Femmes de Molière ; mais Colley Cibber a beaucoup ajouté au mérite de la pièce française , s'il faut nous en rapporter au jugement des critiques anglais , en introduisant dans la sienne une seconde intrigue.

( Note du traducteur.)

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