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thëàlre de CroAv-street à Dublin , fit de nouvelles propositions à Macklin ; elles étaient si avantageuses , que celui-ci se décida à les accepter. Mais, avant de partir pour Tirlande , il s'engagea de nouveau dans les liens du mariage. Pendant qu^il e'tait directeur du théâtre de Chester , il avait vu plusieurs fois une jeune personne dont il avait conçu la plus favorable opinion. Il avait conservé avec son père des relations amicales; il lui demanda la main de sa fille, et celle-ci ayant consenti à ce mariage, il Fépousalc lo sep- ^ tembre 1739. Elle se nommait Elisabeth Jones, et elle joignait aux talens et à la beauté des vertus encore plus estimables.
Ce mariage terminé, M. Macklin partit pour aller remplir ses engagemens en Irlande. Le théâtre de CroAv-street remporta cette année une victoire signalée, sur celui qui rivalisait avec lui ; car Shéridan , après avoir fait des efforts inutiles pour rappeler le pubHc a celui de Smock-Alley, se vit obligé de renoncer à cette entreprise et de retourner en Angleterre , non sans avoir fait une perte considérable.
Macklin passa Tannée suivante à Dublin.
Il revint à Londres vers la fin de Tannée théâtrale , pour jouer le jour de la représentation au bénéfice de sa fille, ce à quoi il ne
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manquait jamais, à moins crimpossibilité, et il accepta ensuite un nouvel engagement à Covent-Garden.
Mistriss Woffington , qui sVtait retire'e du théâtre en 1759, mourut le 28 mars 1760. Cette actrice jouait avec le plus grand succès les premiers rôles dans la haute comédie. Elle disait franchement qu'elle preTërait la socie'té des hommes à celle des femmes qui , suivant elle, n''avaiqint d'autre sujet d'entretien que la parure et la médisance. On sait qu'elle fut nommée Président d'un club nommé le Club du Bifsteck^ et elle était la seule femme qui en fit partie. Elle était bonne et charitable. Sa conversation était gaie, spirituelle, et elle fut universellement regrettée.
Le 3o janvier 1761, Macklin fit jouer, à Covent-Garden , sa comédie intitulée le Mari libertin. Le succès en fut fortement contesté, parce qu'on s'imaginait qu'en traçant le caractère de lord Bellenlle ^ il avait voulu faire allusion à un homme vivant, bien connu dans le grand monde. Rien n'était pourtant plus faux. Cette pièce a incontestablement beaucoup de mérite. Le plan en est régulier, l'intrigue bien conduite , le style pur , la morale excellente (i).
(1) On est tenté de croire cet éloge exagéré , quand on
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Le couronnement de Leurs Majestés, en septembre 1761 , donna lieu à une représentation de cette cérémonie sur les deux théâtres. A Drury-lane, Garrick se contenta d^employer les costumes et les décorations dont on s'était servi en 1727; aussi joua-t-il presque toujours dans une salle vide. A Covent-Garden, M. Rich monta sa pièce avec la plus grande magnificence; elle attira la foule pendant deux mois successif^. 11 mourut au milieu de ce succès. Il s'était particulièrement distingué dans les rôles di Arlequin^ qu'il jouait sous le nom supposé de Lun. Ce fut lui qui créa FArlequin anglais , qui est tout différent de l'Arlequin italien. Son éducation avait été négligée ; il s'exprimait en termes grossiers et vulgaires ; mais il avait un talent tout particulier pour la pantomime, et ses gestes n'avaient pas besoin du secours de la voix pour se faire comprendre. Il n'était pas libéral envers ses acteurs; mais il était humain et charitable quand l'occasion l'exigeait. Un jour un homme tomba de la seconde galerie dans le parterre , et se cassa une jambe.
songe que cette pièce ne put o])tenir que neuf représentations , qu'elle ne fut jamais remise au théâtre, et que l'auteur ne la fit pas même imprimer.
{Note du traducteur.)
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C'était un ouvrier peu à son aise. Rich lui fit donner tous les secours nécessaires, et paya tous les frais qu'occasiona cet accident. Lorsqu''il fut guëri , il vint faire ses remercîmens au directeur, qui lui dit qu'il lui donnait ses entrées au parterre, à condition qu'il ne s'y rendrait plus par la seconde galerie.
Ce fut à M. Rich que le théâtre fut redevable de miss Bellaniy. A l'âge de quatorze ans, elle était très-liee avec les fdles de ce directeur. M. Rich, les ayant entendues un soir déclamer quelques scènes d'Othello, fut frappé des germes de talent qu'il remarquait en cette jeune personne. Il lui donna des leçons et voulut ensuite la faire débuter dans le rôle de Monime. Comme il avait à peu près abandonné à Quin la direction de son spectacle, il la lui présenta. Quin s'opposa fortement à ce début; mais, le directeur insistant , il fallut que l'acteur cédât. Une répétition fut indiquée. Quin ne s'y rendit pas, et la plupart des acteurs, pour lui faire leur cour, manquèrent aussi. Après avoir reçu si peu d'encouragement, miss Bellamy ne put que se trouver doublement intimidée quand elle parut sur le théâtre. Elle fut très-médiocre pendant les trois premiers actes ; mais elle se remit au quatrième, et déploya tant de talens
jusquVi la fi» de la pièce, qu^elle obtint des applaudissemens iiiiiversels. Dès que le rideau fut baisse, Quin courut à elle, la serra dans ses bras, et sVcria : « Tu es une divine créature, et Tesprit dramatique est véritablement en toi ! »
Depuis ce moment, il devint son plus zélé partisan , et lorsquVlle eut obtenu des succès bien décidés , il la fît venir un jour dans sa loae, et lui dit : « Vous fixez en ce moment Fattention du pu])lic, et vous allez être exposée à de nombreuses tentations. Méfiez-vous du goût de la parure; si vous avez ce faible, il causera votre ruine. La plupart desbommes ne songeront quVi vous tromper; votre jeunesse et votre beauté sont deux motifs pour vous tenir sur vos gardes. Quand vous aurez besoin dVrgent, venez me dire: Quin ^f ai hesoin de telle somme; ma bourse sera toujours à votre service. » Un tel discours fait honneur au cœur de Quin. Il eût été heureux pour miss Bellamy quVlle en eût profité (i).
En 1762, Macklin retourna en Irlande où il avait accepté un nouvel engagement au théâtre de CroAv-street. Mossop, après avoir
(1) Voyez les Mémoires de miss Bellamy ^ qui font partie de cette Collection.
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joue rannee précédente avec Rarry, avait eu Fambition de devenir directeur à son tour, et avait ouvert le théâtre de Smock-Alley. En vain Barry chercha-t-il à le retenir en lui offrant mille livres d\ippointemens et deux représentations à son bénéfice : tout fut inutile , et la scission s'opéra. Ce fut sur ce théâtre, et sous la direction de Barry, que Tactrice dont nous venons de parler fit une courte apparition. Elle avait fait, quelques années auparavant, les délices de Dublin, dans le temps où elle était au zénith de sa gloire ; mais alors quelle différence ! Au lieu de la jeune et brillante Bellamy , on vit paraître une femme dont les joues creuses et les yeux ternes inspiraient le dégoût, au lieu d'*appeler le plaisir. Sa liaison publique avec M. Digger , tandis qu^elle donnait à entendre quelle était femme de M. Calcraft, acheva de la couvrir du mépris général. Elle ne se releva jamais de cette chute, et la pauvre Bellamy , après avoir eu un équipage , après avoir joui de toutes les vanités du monde, finit ses jours dans une prison.
Macklin était une précieuse acquisition pour Barry. Indépendamment de la foule qu'ail attirait par son jeu, il se rendait utile au théâtre par les leçons qu^il donnait aux acteurs, et cependant ils eurej?t encore de nou-
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Telles altercations. Mossop ne manqua pas^ cPen profiter. 11 proposa à Macklin de passer au théâtre de Smock-Alley, et celui-ci, trou-vant avantageuses les olïres qui lui étaient faites, les accepta sans hésiter.
Ce fut à ce théâtre qu^il donna, en 1764 , la première représentation du Véritable Irlandais^ comédie en trois actes de sa composition. Elle eut un succès complet, et valut beaucoup d^argent à Mossop. Macklin demeurait alors dans Drumcondra-lane. Il y recevait fréquemment la visite de personnes de la première distinction. Lorsque par hasard on s^adressait à sa femme , on lui deman- , dait presque toujours si son père était chez, lui ; car on ne pouvait s''imaginer qu''un homme de fàge de Macklin eût une femme si jeune.
Ce fut à la fin de cette année que la célèbre Anne Catley débuta sur le théâtre de Smock-Alley, après avoir pris des leçons de Macklin, qui lui procura un engagement.
Née à Londres, en 1745, de pauvres parens, elle fut obhgée, dès Fâge de dix ans , de pourvoir à sa subsistance. Douée par la nature dVine voix extraordinaire, elle allait chanter dans les cabarets voisins. Un musicien , nommé Bâtes ^ Fentendit , et fit avec son père une convention par laquelle il s'^obli-
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gcail à la recevoir chez lui en qualité d'elèvc ^^t à lui donner les instructions nécessaires jjour cultiver ses talens. Mais elle devait rester avec lui jusqu^à un certain âge ; faute de quoi, elle lui paierait un dédit de deux cents livres sterling; et tout ce qu'elle pourrait gagner jusque cette époque, devait appartenir au maître. Il la fit chanter au Wauxhall, pendant Tété de 1762, et les applaudissemens quVUe obtint rengagèrent à la faire débuter, en octobre suivant, sur le théâtre de Covent-Garden. Elle y eut le plus grand succès, et sir Francis Blakc de Laval, aussi charmé de sa beauté que de ses talens, et sachant que le maître et Fécolière ne vivaient pas en bonne intelligence, employa un procureur nommé V^aines y pour acheter du musicien les droits qu'il avait sur miss Catley. Il en fit publiquement sa maîtresse. Le père de k; jeune personne, quoique dans un état de domesticité, ne put voir de sangfroid afficher ainsi le déshonneur de sa fille, et rendit plainte contre sir Francis, contre le musicien et contre le procureur. Lord Mansfiel d prit Faffaire très au sérieux, et appela cette transaction preliam prostitationis.
Après un long procès,les trois défendans furent condamnés à une amende que sir Francis fut obligé de payer avec tous les frais du
procès , qui furent considérables. Ce fut peu de temps après cette affaire que miss Catley se rendit à Dublin , où Macklin la fît entrer au théâtre de Smock-AUey. Un marchand de Dublin, marie et père de famille, devint amoureux dVlle en la voyant jouer. Il lui écrivit pour lui demander un rendez-vous , et joignit à sa requête un panier de vin de Champagne. Miss Catley renvoya ce présent à la femme du marchand , avec la lettre du mari, sous enveloppe. Pendant le souper, la femme dit à son mari quelle avait envie de boire du vin de Champagne. Celui-ci lui répondit que cVtait une extravagance, et que ce vin était trop cher. « C'est moi qui vous en régalerai, » lui dit-elle, <( j'en ai reçu un présent. » En même temps, elle lui remit le billet qu'il avait écrit à miss Catley. On peut juger du fracas matrimonial qui s'ensuivit. Après bien des vicissitudes , miss Catley mourut dans la maison d'un respectable général , prèsdeBrentford, le i4 octobre 1789.
Di: CflAULKS MAr.KLlN. 3/l.3
CHAPiillE IX.
La saison ihcàtrale de 1764 s''ouvrit par la première reprcseiitatiori (Fune nouvelle comédie de Macklin, intitulée le Véritable Ecossais. Elle obtint un succès complet; mais elle était destinée a en avoir un plus brillant encore à Londres , quelques années après.
Cependant la rivalité entre les deux théâtres était portée au plus haut poinî. Il arrivait sou vent qu^on jouait la même pièce, le même jour, des deux côtés. Barry avait Favantage dans celles où le rôle de Famoureux était le rôle dominant; Mossop remportait dans les autres, et Macldin et miss Catley, qui jouaient sur son théâtre, lui assuraient une sorte de supériorité. Mais Mossop ne sut pas en profiter. 11 aimait le monde et le jeu, et il mettait, sur une carte ou sur un coup de dés , le produit d'une soirée. Cette conduite et les inconvéniens qui en furent la suite, influèrent sur sa santé, et aigrirent encore un caractère qui nuirait ja-
mais ëtë remarquable parla douceur. Ses acteurs, mal payés, étaient réduits à la plus grande détresse. Macklin lui fit des représentations qui ne furent pas écoutées : il lui demanda le paiement de ce qui lui était dû, et ne put Tobtenir. Enfin , il employa les voies judiciaires, et, après avoir perdu bien du temps et dépensé beaucoup d\irgent pour recouvrer une dette légitime , il obtint un jugement de condamnation contre un homme à qui il ne restait pas une guinée au monde. Ce fut ainsi que se termina son engagement au théâtre de Smock-Alley.
Macldin repassa en Angleterre , fut chargé de diriger le spectacle de société de Privy- Gardens, et eut Fhonneur de donner des leçons à feu S. A. R. le duc d^York. En 1764, des personnes du premier rang jouèrent plusieurs pièces à Privy-Gardens , et il fut reconnu que ces représentations pouvaient soutenir la comparaison avec les meilleures qui eussent eu lieu sur quelque théâtre que ce fût. Cela fit le plus grand honneur à Macklin qui avait servi de maître aux nobles acteurs. La correction et la pureté du jeu du duc d^York ne le cédaient en rien au plus habile acteur de profession. Il avait pris notre vétéran sous sa protection spéciale, mais la mort vint ravir à celui-ci son noble protecteur.
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Peu de temps après cet e'venement affligeant, Barry, qui n'avait pas vu sans plaisir la désunion entre Mossop et Macklin, envoya à Londres un de ses afFide's faire de nouvelles propositions à Shylock (i). Elles consistaient à lui offrir la moitié du produit net de la recette , toutes les fois qu'ail jouerait. Macklin, se trouvant alors sans occupation^ accepta ces offres pour un certain nombre de représentations, partit sur-le-champ pour rirlande, et reparut de nouveau , en 1766 , sur le théâtre de Crow-street.
L'année 1766 fut marquée par la mort de mistriss Cibber et par celle de Quin. Mistriss Cibber , après avoir été , pendant plus de vingt ans , la première actrice de Londres , dans l'emploi des jeunes et des grandes premières , mourut , en janvier, d'une maladie occasionée par des vers dans l'estomac , et que les médecins avaient mal traitée, parce qu'ils n'en avaient pas reconnu la nature. Quin mourut à Bath où il avait fixé son domicile depuis sa retraite du théâtre, qui avait eu lieu seize ans auparavant. Pendant l'interrègne théâtral, si nous pouvons employer cette expression ,
(1) On donnait souvent ce nom à Macklin, à cause du succès prodigieux qu'il avait obtenu dans ce rôle.
{Note du traducteur. )
qui s^ëcoula entre Boolh et Garrick , Quin fut l^icteur qui s** éleva à la plus haute réputation , et personne ne Pëgala jamais dans le rôle de Falstaff. Il avait eu une jeunesse malheureuse. Sa mère avait épousé un homme qui faisait le commerce des Indes-Occidentales. Ses affaires Payant obligé défaire un voyage , et sa femme étant restée sept ans sans recevoir de ses nouvelles , elle se crut veuve , et épousa un M. Quin qui possédait un domaine rapportant mille livres sterling, et en eut un fils qui fut Facteur dont nous nous occupons. Les deux époux vivaient fort heureusement ensemble, quand tout-à-coup le premier mari reparut et revendiqua sa femme, qui fut obligée de se réunir à lui. M. Quin se retira avec son fils dans son domaine , et mourut dans la conviction que le jeune Quin on jouirait après lui. Mais un héritier collatéral, instruit de son illégitimité , se fit adjuger Fhéritage, et le laissa sans aucune ressource. Cette circonstance décida la vocation de Quin pour le théâtre , et il dut à ses talens sa réputation et sa fortune. Il fut enterré à Bath , et Ton éleva à sa mémoire un monument dans l'église de FAbbaye.
En 1767, Macldin retourna à Londres où il se proposait de passer le reste de sa vie. Il obtint de suite un engagement à Covent-
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Cardcn, et, le 9.S novembre, il donna sa coniedie intitulée le Véritable Irlandais , sous le nouveau titre de la Belle Irlandaise. Cette pièee, qui avait complètement réussi à Dujjlin, fut mal accueillie à Londres, et n''eut qu^une seule représentation. Elle fut même accompagnée de marques de mécontentement, si fortement prononcées, queMacklin se crut obligé de venir annoncer lui-même quVlle ne reparaîtrait plus.
A la fin de cette année, une division intestine éclata entre les directeurs de ce théâtre. L'un d'eux, M. Colman (i), prétendait avoir le droit de diriger seul les affaires du théâtre , sans la participation et Tagrément de ses co-associés , et quelquefois même contre leur volonté fortement exprimée. Un homme du caractère de Macklin ne pouvait guère rester neutre; il se déclara contre Colman. Il est vrai qu'il avait un motif personnel d'animosité contre le directeur , qui avait exigé de miss Macklin qu'elle jouât un nouveau rôle , sans lui laisser le temps qu'elle jugeait
(i) Auteur d'une trentaine de comédies , dont plusieurs sont restées au théâtre, il devint ensuite directeur du spectacle d'IIay-inarket. Les suites d'une attaque de paralysie qu'il eut à la lin de 1786 , lui dérangèrent l'esprit , et il mourut en 1794 dans un état d'imbécillité complèlc.
{JNote du traducteur.)
convenable pour Fapprendre. Il avait même insisté pour quelle se chargeât d'un rôle de courtisane, malgré la demande que lui avait faite son père pour quVlle en fût dispensée. ïî en résulta une guerre dans les journaux, un procès à la Cour de la chancellerie , et la retraite de Macklin du théâtre de Covent- Garden.
Depuis cette époque jusqu'au commencement de 1771, Macklin ne parut sur aucun théâtre. Il fut entièrement occupé du procès entre les directeurs ( procès dans lequel il avait trouvé le moyen d'intervenir) (1), et
(1) Peiwiant la durée de ce procès, dit l'auteur anonyme que nous avons déjà cité plusieurs fois , Macklin se chargea de la rédaction des mémoires , des factums , de tout ce qu'on appelle />/èce5 d'écriture. Il s'enfermait quelquefois dans sa chambre plusieurs jours de suite , donnait ordre que personne ne vînt l'y interrompre, et s'y faisait servir ses repas , en défendant qu'on lui adressât une seule parole. Il conservait du feu et de la lumière toute la nuit, et, s'il lui venait une idée qu'il crût utile à sa cause , il se levait pour la consigner par écrit, avec toute l'ardeur d'un poète qui travaille pour l'immortalité. Il resta une fois enfermé ainsi plus d'un mois. Son style, dans ce genre d'ouvrage, aurait pu faire honneur à un procureur, tant il était diffus. Tous les griefs , qui étaient aussi nombreux que la plupart étaient frivoles , étaient établis fort au long et avec un ton de gravité admirable ; et il avait l'art de les représenter sous une variété de formes véritablement étonnante. ( Note du traducteur. )
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(ie diverses dHïicultés avec les directeurs de troupes de province, qui se permettaient de représenter sa comédie de V Amour à la mode, sans son agrément. En 1769, il perdit sa mère qui mourut à Tâge de 99 ans. En 1771, ayant reçu des invitations de divers directeurs, il fît une excursion à Leeds , puis à Liverpool, et se rendit ensuite encore une fois à Dublin, où il joua, avec son succès ordinaire, sur le petit théâtre de Capel-street , jusqu'^au commencement de 1772. Cédant alors aux instances de M. George Dawson , successeur de M. Barry, il consentit à s''associer avec lui pour la direction du spectacle de Crow-street, et il y donna la reprise du Véritable Ecossais , qui fut accueilli par des applaudissemens universels (1).
Lorsqu'il était parti pourfÉcosse, en 1771, il avait mis à bord d'un bâtiment irlandais, qui se trouvait alors sur la Tamise , tout son mobilier, sa bibliothèque et ses manuscrits. Ce navire échoua sur la côte d'Irlande ; on ne sauva du naufrage que très-peu de chose.
(1) Le lendemain de cette représentation , un jeune lord écossais envoya à Macklin un habit de costume de grand prix, en lui marquant qu'il voulait lui témoigner ainsi le plaisir qu'il avait éprouvé en le voyant tracer un portrait si fidèle de son grand-père, {l^ote du traducteur.)
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et tous ses papiers furent perclus. Cette perte est d'autant plus à regretter, qu'il s'y trouvait des essais sur le jeu théâtral, sur les œuvres de Shakespeare, sur la comédie et la tragédie, et sur divers autres sujets relatifs à Fart dramatique , et qui , traités par un homme qui joignait "un talent peu ordinaire à une longue expérience du théâtre , ne pouvaient manquer d'être précieux.
Malgré les altercations qu'il avait eues avec M. Golman , Macklin lui écrivit, à la fin de décembre 1772, pour lui offrir de rentrer à Covent-Garden. Coîman v consentit. Les conditions de -^a rentrée furent convenues. Une d'elles était que Macklin jouerait les rôles de Richard III ^ du Roi Léar^ de Macbeth^ et tels autres que bon lui semblerait, soit dans de nouvelles tragédies, soit dans celles qui seraient remises au théâtre. Macklin n'était connu à Londres que comme acteur comique; mais il avait joué ces rôles dans les provinces quarante ans auparavant, et il voulait prouver au public de la capitale que Melpomène était aussi prodigue de faveurs envers lui que Thalie. Il était pourtant dans sa quatre-vingt-troisième année quand il voulut faire cette épreuve ; mais il ne faut pas oublier qu'on lui supposait dix ans de moins. Lorsque cette nouvelle se ré-
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pandil dans le public, les uns regardèrent cette annonce comme un trait d'amourpropre, ridicule dans un acteur qui commençait à radoter; les autres pensèrent que estait un expédient imagine' par le directeur pour attirer la foule. Ceux qui connaissaient bien Macklin, savaient que, s'il tentait cette entreprise, c'était qu'il se sentait les moyens d'y réussir.
Un motif qui contribua probablement k décider Colman à consentir à cette demande, fut qu'il venait de perdre Facteur qui jouait ordinairement ces rôles , William Smith , qui avait quitté Covent-Garden, par suite d'une querelle avec le directeur. Mais les parties se rapprochèrent ensuite ; Smith accepta un nouvel engagement, et il fut convenu qu'il jouerait alternativement ces rôles avec Macklin. Il commença par celui de Richard III ; et, le 23 octobre 1773, Macklin parut dans le rôle de Macbeth, Les journaux , depuis plusieurs jours, n'étaient remplis que de sarcasmes contre lui, et l'on faisait pleuvoir le ridicule sur la métamorphose de Shflock en Macbeth. La représentation fut assez bruyante ; mais elle n'offrit rien d'extraordinaire, si ce n'est qu'on entendit tour à tour des applaudissemens et des marques de mécontentement.
Il fut annoncé une seconde fois dans le même rôle pour le 3o octobre; les journaux redoublèrent de virulence, et même avant le lever du rideau, tout annonçait qu'aune cabale formidable était organisée contre la pièce et contre Facteur. Macklin , avant le commencement de la tragédie, se présenta devant le public, implora sa bienveillance, et le pria de le protéger contre le parti qui s'était formé contre lui. Cette représentation fut encore assez paisible , si ce nVst qu''elle fut interrompue plus d\me fois par des sifflets , et deux acteurs de Drury-lane, MM. Sparks et Reddish, se distinguèrent parmi les siffleurs (i). Macklin les remarqua; il s^en plaignit hautement le lendemain , et les deux acteurs voulurent se justifier en faisant, devant un magistrat, une déclaration sous serment, qu^ils n'avaient pas sifflé. Ils la firent insérer dans tous les journaux.
(i) On soupçonna Garrick d'avoir pris part secrètement à cette cabale , non qu'il eût à craindre une comparaison avec Maclilin dans le rôle de Macbeth^ mais parce que celui-ci y avait introduit un changement qui faisait la critique de la manière dont Garrick l'avait toujours joué. Jusqu'à cette époque , Macbeth avait toujours paru sur Je théâtre en perruque à queue , en habit écarlatc galonné en or, en un mot en uniforme d'officier général moderne, et jamais Garrick n'avait pris d'antre costume. Macklin sentit le ridicule de donner à un général écossais , qui vi-
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Après ce double e'chec , un acteur prudent ne se serait pas exposé k un troisième; mais Macklin e'tait obstine. Il reparut encore dans le même rôle , les 6 et 1 3 novembre suivant, et cbaque fois le tumulte augmenta. Le 6 , on lui demanda la preuve de Taccusation qu^il avait portée contre Sparks et Reddish ; et , quand il voulut parler, on poussa de tels cris qu^il fut impossible de l'entendre; le i3, dès qu'il parut en scène , les vociférations devinrent telles , qu'il fut obligé de se retirer , et la pièce ne put être jouée (i).
Macklin sentit qu'il fallait renoncer à Mac^
vait long-temps avant la conquête de l'Angleterre par les Normands , le costume de nos jours. Il prit celui du siècle et du pays oii l'action était supposée se passer, le fit prendre pareillement aux autres acteurs qui jouaient avec lui dans cette pièce , et cette innovation fut ensuite géneralemen t adoptée . {Note du traducteur. )
(i) Le jeu de Macklin dans Macbeth , dit l'auteur anonyme d'une Yie de cet acteur, fut fort inégal. Il électrisa l'auditoire dans certains passages , tandis que dans d'autres il resta presque au-dessous de la médiocrité. D'ailleurs il n'avait ni la dignité , ni la représentation nécessaires à ce rôle, et l'on ne sentit qu'une impression de ridicule, quand on vit paraître un vieillard qui ressemblait à un joueur de cornemuse écossais, pour représenter le général d'une armée supposée triomphante. Il est peut-être heureux, pour sa réputation, qu'il n'ait point paru dans les autres rôles du même genre, dont il avait dessein de se charger. ( Note du traducteur.)
heth, et , pour faire sa paix avec le public , i} se fit annoncer pour le 18 du même mois dans le rôle qui avait toujours elé son triomphe , celui de Shylock / mais la cabale avait pris de nouvelles forces. Il s'agissait alors, non plus de Tempécher de jouer dans la trage'die, mais de Texpulser entièrement du théâtre. Shflockne parait pas dans les premières scènes du Marchand de Venise; mais à peine les acteurs qui devaient commencer la pièce se montrèrent -ils sur le théâtre, qu'on leur commanda de se retirer, en les menaçant de la vengeance du parlerre s'ils n'obéissaient. Mackîin se présenta alors , et se disposa à adresser la parole au public ; mais il fut assailli par un torrent d'injures et d'imprécations, auxquelles succéda un feu roulant de pommes et d'oeufs pourris , qui l'obhgea à battre en retraite. Cette victoire ne satisfit pas les tapageurs. Ils brisèrent les banquettes, les jetèrent sur le théâtre en appelant le directeur à grands cris , et la tranquillité ne se rétablit que lorsque M. Colman fut venu annoncer que M. Macklin ne reparaîtrait plus sur le théâtre de Covent-Garden.
Six des individus qui s'étaient le plus distingués dans cette journée furent désignés à M. Macklin . Il les accusa d'être entrés dans une conspiration qui avait pour but de le priver
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(le son elat, et les cita devant la cour du banc du roi. L^afFaire dura plusieurs jours. Un grand nombre de témoins furent entendus ; le résumé fait par un des juges tendait fortement à donner gain de cause à Macklin , et le jury déclara les accusés coupables.
Il ne s^agissait plus que de prononcer le jugement. Lord Mansfield, qui présidait, fit le calcul des dommages et intérêts qui pouvaientétre dus à Macklin, et les évalua à douze cent soixante livres ; mais il invita les condamnés à tâcher de régler cette affaire avec leur accusateur. Macklin prit alors la parole, et déclara quMI avait intenté cette poursuite pour obtenir, non une somme d^irgent, mais la réparation de son honneur, et qu^il consentait à borner ses prétentions au paiement de tous ses frais et à trois cents livres que les défendeurs emploieraient en billets de spectacle, un tiers au profit de sa fille , le jour de la représentation à son bénéfice , un tiers à son profit le jour de la représentation au sien , et le dernier tiers au profit des directeurs de Covent-Garden , le jour de sa rentrée à ce spectacle , pour les indemniser de la perte qu^ils avaient éprouvée. On juge bien qu'une proposition si généreuse fut acceptée sans difficulté. On passa un jugement d^accord, et
lord Mansfield, après Tavoir prononcé, s\idressant au Nestor du théâtre, lui dit : (( Monsieur Macklin, vous méritez aujour- )) d^hui tous les applaudissemens; vous n'avez )> jamais mieux joué votre rôle. »
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