‹ Mémoires sur GarrickChapitre 17 sur 148 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

)) cru Tentendre. )> Mais cette imitation exacte d^un modèle contemporain ne donne pas ridée d^un grand acteur. Dans le fait, Cibber e'tait très -bon comédien, mais il nVtait nullement propre à faire sentir les grandes émotions de la tragédie. Il avait la voix faible, Taccent traînant, et ne pouvait sMlever à rénergie de Richard III. Garrick dédaigna de suivre les traces dVucun autre; il ne compta que sur son génie , et ne dut rien qu^à lui-même. Il avait le droit de dire : « Je suis )) moi tout entier. »

Il parut à Londres pour la première fois, sur le théâtre de Goodman^s-fields, le 19 oc-' tobre 1741. Garrick a toujours été sur la scène le personnage qu^il représentait : il s''identifiait avec lui par la force de son imagination ; les passions qu^il devait rendre se manifestaient dans tous ses traits avant quMî eût dit un seul mot; il variait son air, sa voix\ son attitude selon les sentimens qu^il exprimait. Dans Richard III, il fit une impression profonde sur les spectateurs, quand il sVcria d'une voix terrible avec faccent de la rase i

« Que fonl-ils dans le Nord , quand , le fer à la main , » Ils devraient entourer, servir leur souverain? »

l8 VIE DE GARRICK.

Son monologue dans la scène sous la tente, sembla révéler le fond de son ame. On croyait assister à tout ce qu'il décrivait. On entendait le tambour des deux armées ; on voyait les escadrons de cavalerie s'avancer les uns contre les autres. Quand il s'éveilla de son rêve, il fit tressaillir d'horreur l'assemblée tout entière. De quelle voix il s'écria :

a Vite un autre cheval ! »

Il fit une pause , et ajouta en gémissant :

(c Qu'on panse mes blessures ! »

Puis tombant sur ses genoux, et du ton le plus pathétique :

(c Ciel , prends pitié de moi! m

C'était l'imitation la plus fidèle de la nature. Hogarth a peint Garrick dans cette scène. Le portrait est excellent , et par la ressemblance et par l'expression.

La réputation de Garrick se répandit a l'instant dans toute la capitale; on courut en foule à Goodman's-fields , pour voir un jeune acteur qui s'essayait par un coup de maître , et le nombre des voitures était si considérable.

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