‹ Mémoires sur GarrickChapitre 18 sur 148 · CHAPITRE II. IQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. IQ

que la file commençait tous les soirs à Temple- Bar (i). Pope sortit de sa retraite de Twickenham pour aller le voir , et lord Orrery fut si frappe de son jeu , qu^il dit tout haut : <( Je crains que ce jeune homme ne soit gâté , )) car il sera sans rival. ?>

Au bout de deux mois , après avoir joué difFérens rôles , tant dans la tragédie que dans la comédie , et notamment celui de Sharp dans le Valet menteur , pièce de sa composition (2) , Garrick ne put douter qu''il ne fût Taimant qui attirait toute la ville à Goodman Vfields ; il en conclut assez naturellement que ses appointemens n'étaient pas proportionnés aux services qu'il rendait.

(1) C'est-à-dire à environ deux milles de distance de la salle de spectacle. {Note du traducteur.)

(2) Quelques critiques ont prétendu que cette pièce n'était qu'une imitation d'une comédie française ; mais aucun d'eux n'a jamais cité le titre de la pièce imitée. Quand le fait serait vrai , le seul reproche qu'on pourrait faire à Garrick, serait de n'avoir pas indiqué lui-même la source cil il avait puisé. Il est plus probable qu'il prit l'idée de sa comédie dans une ancienne pièce intitulée Tout pour l'Argent ^ par Motteux, Français réfugié lors de la révocation de l'édit de Nantes , et qui donna plusieurs comédies en anglais. ( Note du traducteur. )

GifPard le sentit de même , et à compter de cette époque , il lui abandomia la moitié des profits.

Animé par ces succès , Garrick entreprit de jouer le rôle difficile du Roi Lear , et de se métamorphoser en un faible vieillard retenant encore quelque chose de la majesté du trône. Cétait alors le triomphe de Quin ; mais il n^avait pas , comme Garrick , le talent d'exprimer une succession rapide de passions et de sentimens. Barry, quelques années après, essaya sa force sur cet arc cU Ulysse. Doué d'une voix harmonieuse et touchante , il parlait au cœur dans plusieurs scènes ; mais il échoua dans celles où la tête du vieux roi s'éoare. C'était au contraire dans ces scènes que le génie de Garrick éclatait. 11 n'avait ni tressaillemens soudains , ni gestes exagérés ; tous ses mouvemens étaient faibles et lents ; sa physionomie offrait l'image du malheur; ses yeux étaient fixes , ou , s^il les tournait vers quelqu'un , il ne les arrêtait sur ce personnage qu'après un assez long délai; ce qu'il allait dire , ses traits le disaient d'avance : il présentait un tableau vivant de malheur et de misère , et l'on reconnaissait en Learwn

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