‹ Mémoires sur GarrickChapitre 20 sur 148 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avec dépit ses succès prodigieux. Quin, dans son humeur caustique, dit un jour: « Cesl » la merveille d'*un jour, Garrick est une n nouvelle religion ; on le suit comme un n autre Whitfield (i) ; mais on reviendra » bientôt à Féglise. )) Ce sarcasme fit fortune et se répandit dans toute la ville. Garrick y répondit par une épigramme dans laquelle il disait que la doctrine qu^ il prêchait n^ était pas une hérésie y mais une réforme. Il y avait dans cette idée plus de vérité qu'on n'en trouve ordinairement dans les épigrammes. Il est certain que le jeu de Garrick était une réforme. Les deux muses du théâtre reconnaissaient un nouveau maître , un art nouveau. Garrick aspira pour la seconde fois au rang d'auteur dramatique; indépendamment du Valet menteur, il donna la même année une petite comédie , intitulée le Léthé , ou Esope chez les Ombres , dans laquelle il jouait trois rôles différens. La clôture du théâtre de Goodman's-fields eut lieu à la fin de mai 1742 -, et les sept mois qu'il y avait passés furent une

(1) Prédicateur célèbre qui fut chef d'une nouvelle secte parmi les méthodistes. ( Note du traducteur. )

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suite non interrompue des succès les plus brillans.

Sa renommée ne se renferma pas dans la capitale; elle s 3 re'|:anditdans toute T Angleterre, même jusqu'*en Irlande , et les directeurs du iheïitre de Dublin Tinvitèrent à venir y jouer pendant les mois dV'të. Il accepta les propositions qu^ils lui firent, et partit au commencement de juin , avec mistriss Woffington , actrice célèbre , douée de tous les talens , et dans la fleur de la jeunesse et de la beauté. Elle avait une intelligence supérieure ; en fermant les yeux sur son seul côté faible, on pouvait dire qu^elle possédait toutes les qualités. Sa conversation était élégante , toujours agréable et souvent instructive ; elle avait beaucoup d''esprit , mais non de cet esprit fécond en saillies impertinentes et souvent déplacées ; son jugement savait le retenir dans les bornes de la raison et de la décence. Le rôle de sir Harry JVildair mit le comble à sa réputation. Wilkess^était distingué avant elle; elle s^en chargea douze ans après lui , et le joua si bien que tous les acteurs et même Garrick y renoncèrent en sa faveur ; elle fut le seul sir Harry Wildair , pendant tout

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