‹ Mémoires sur GarrickChapitre 21 sur 148 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

le reste de sa vie. Elle racontait quelquefois avec enjouement Fanecdote suivante: un soir quelle venait de jouer sir Harry y et qu^elle avait reçu des applaudissemens encore plus bruyans que de coutume , elle entra dans le foyer, où Quin était en ce moment : « M. Quin , lui dit-elle , j''ai joue ce rôle si )) souvent , que la moitié de la ville croit que )) je suis véritablement un homme. — )) Rassurez-vous , Madame , répondit Quin )) avec le ton caustique qui lui était familier, » Tautre moitié sait le contraire. »

Ce fat avec cette actrice accomplie que Garrick partit pour Dublin : ils y jouèrent ensemble dans plusieurs comédies, et leur succès fut égal; mais on regarda Garrick comme un phénomène dans la tragédie : on le vit avec enchantement développer ses nobles moyens dans Richard III al dans le Roi Lear; et quand on le vit ensuite descendre au rôle àiAhel Drugger , on fut convaincu qu^il n^existait rien qu''un tel homme ne fût en état de représenter de la manière la plus frappante et la plus vraie. La terreur et la pitié sont, au théâtre, pour nous servir d'une expression du docteur Young , ce qu'est le

pouls dans Porganisation humaine. Garrick les avait à ses ordres; il pouvait, à volonté^ en accélérer le mouvement, ou le ralentir. Du haut des passions les plus hautes , il s^abaissait à la peinture des difFérens faibles de riiomme , et , par la force du ridicule , il savait exciter le rire et la gaieté. Les hommes du rang le plus élevé , les femmes le plus à la mode, le suivirent assidûment, et le public se portait en foule au spectacle toutes les fois qu''il jouait. La chaleur fut si grande cette année , qu^une maladie épidémique se manifesta à Dublin. On lui donna le nom de « fièvre de Garrick, » Ce fut en cette ville qu'on le nomma pour la première fois le Roscius anglais f dans une pièce de vers qui lui fut adressée.

L'Angleterre le revit vers le commencement d'août. Transporté du bon accueil qu'il avait reçu, Garrick revenait à Londres couronné de lauriers.

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