CHAPITRE III
dans celui (ÏHarnlet. On doit bien juger que Facteur qui avait si bien peint la folie véritable dans Lear j en emprunta Tapparence avec une fidélité admirable à la scène de Fentrevue àiHainlet avec Ophélie, Dans les divers monologues de cette pièce, monologues que rien n'égale dans aucun auteur dramatique ancien ou moderne, Garrick se montra digne, sous tous les rapports, de servir d'organe au génie de Shakespeare (i).
En février 1743, le fameux Henry Fielding fit jouer à Drury-lane une comédie intitulée le Jour des noces. Le public attendait beaucoup de Fauteur de Joseph Andrews ; mais son attente fut trompée. On déclara, d'une voix
(1) Garrick avait fait lui-même des coupures, des retranchemens, et même des additions à cette pièce; mais il était aisé de voir que tous ces cliangemens avaient eu pour principal but de concentrer tout l'intérêt sur le rôle à^Hamlet dont il était chargé, et de rendre tous les autres à peu près nuls. Il avait mis dans la Louche de Laertes mourant une tirade qui plut au puLlic; à la représentation suivante, elle disparut du rôle de Laertes^ et passa dans celui àHIamlet. Ces changcmcns ne furent jamais imprimés ; on en fit d'autres après la mort de Garrick ; on joue maintenant cette pièce avec ceux de J.-P. Kemble.
{Note (lu traducteur.)
3o VIR DE GARRICK.
unanime, que cette pièce était la moindre des ouvrages dramatiques de cet écrivain; les efforts réunis de Garrick et de mistriss Woffington liirent inutiles : après six représentations, elle disparut du théâtre, pour ne s'y remontrer jamais (i). Fielding notait pas encore, à cette époque, au plus haut point de sa réputation; il était réservé à Tom Jones d'y mettre le sceau.
Nous avons déjà dit que Garrick ne se bornait pas à la tragédie. Il joua cette année difFérens rôles comiques, avec tant de succès, que les critiques commencèrent à douter si le brodequin ne lui convenait pas mieax que le cothurne. La pièce intitulée la Repétition avait alors beaucoup de vogue et reparaissait assez souvent. Le goût du public s'était
(i) Murphy, dans un Essai sur la J^ie de Fielding, nous apprend qu'à une répétition de cette pièce, Garrick avertit l'auteur d'une chose qu'il indiqua comme devant attirer l'animadversion du public. Fieldin g refusa d'y rien changer, et, sans chercher à le défendre, prétendit que le public n'aurait pas l'esprit de reconnaître le défaut que l'acteur critiquait. L'événement justifia pourtant la prédiction de Garrick ; car ce fut précisément à ce passage que le mécontentement des spectateurs éclata.