CHAPITRE Iir
parfiiite, Pair, les gestes, le son de voix et la manière particulière de chacun d'eux (i). Delane brillait alors au premier rang. Il commença par lui. CMtait un homme grand et bien fait; il avait la voix forte et sonore, mais nVtait qu\in dèclamateur. Garrick parut au fond du théâtre, le bras gauche en travers sur la poitrine , le coude droit appuyé sur son bras , et Tindex élevé' à son nez. S'avançant alors d'un air majestueux , et secouant la tête, il débita les vers suivans avec Taccent qu'il contrefaisait :
Ainsi , quand la tempête au loin menace et gronde, Vous voyez le verrat et sa compagne immonde , De l'orage avertis par un instinct secret, Chercher une retraite au sein de la forêt. Là , du grossier amour dont l'ardeur les consume , Dans un fangeux amas la flamme se rallume , Et , sans être contraint dans ses brulans désirs , Le couple en murmurant prélude à ses plaisirs (2).
(i) Garrick copiait Molière dans V Impromptu de P^eisailles. Molière critiqua la déclamation de tous les acteurs de l'Hôtel-de-Bourgogne , et n'épargna que Floridor. Garrick eut le même égard pour Qui/i, en se moquant de tous les comédiens de Covent-Garden et de Drury-lane.
(Noie des éditeurs.)
{'j) M. Murphy ne nomme point le poëme d'oii ces vers
34 ^lE DE GARRICK.
Haie était un acteur de Covent-Garden. Sa taille était avantageuse; son organe avait de la douceur et de Télendue. Il passait pour être sans rival dans le tendre et le pathétique; et par conséquent, on lui avait assigne remploi des amoureux. Garrick , dans le rôle de Bayes y le prit aussi pour objet de sa critique. Il choisit quelques vers convenables au sujet; et saisissant la manière de M. Haie, sa voix douce et plaintive qui n*'exprimait rien {vox prœtereaque nihil)^ il prononça ce qui suit :
Hélas! quel est le joug qui me tient asservie? Quel délire m'agite et vient troubler ma vie "5* Et qui dois-je accuser , de l'amour ou du sort? Se plaindre de l'amour est un trop grand effort ; Et quel est le mortel dont l'audace effrénée Oserait un instant blâmer la destinée ?
Ryan était un des vétérans du théâtre ; il avait joué le rôle de Procius dans le Caton d^Adisson (i). Son articulation était gênée ,
sont tirés. Garrick les a préférés à d'autres , pour faire contraster la bassesse de ce détail avec la pompe et l'emphase du comédien qu'il imitait. {Note des éditeurs. )
(i) Pièce qui a obtenu en Angleterre plus de succès à la