‹ Mémoires sur GarrickChapitre 26 sur 148 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

€equi, dit-on, était la suite d'un coup qu'il avait reçu dans une querelle de taverne. On ne pouvait lui reprocher de ne pas sentir ce qu'il disait, mais un accent trameur et même une sorte de croassement rendaient sa diction défectueuse. Malgré ce défaut, il passait pour un acteur du premier ordre ; Garrick ne l'épargna pas plus que les autres, et l'imita parfaitement en débitant d'une voix tremblante et cassée, les vers suivans :

Ne craignez rien , sur vous je veillerai toujours. Et je protégerai le lit de vos amours. Alors que vos ardeurs mille fois renaissantes Auront fait succomber vos forces languissantes , De vous deux à la fois je saurai me charger, Et ce fardeau pour moi sera doux et léger.

Ce fut ainsi qu'il critiqua les défauts à la mode, et qu'il fit adopter l'idée juste qu'il avait conçue de la déclamation théâtrale qui ne doit être que l'imitation de la nature. Nous ne savons s'il parodia d'autres acteurs que les trois que nous venons de ci-

lecture qu'à la repre'sentation , probablement parce que l'auteur s'est soumis à la règle des unités.

{Note du traducteur.) 3*

ter (i); mais, un fait certain , c'est qu'ail ne se le permit jamais à re'gard de Quin, qu'il regardait comme un acteur excellent dans les rôles qui lui convenaient, et notamment dans celui de FaUtojf. Mais Quin, avec tout son talent, ne pouvait soutenir une comparaison avec riiomme qu'il avait appelé' le Whitjield du théâtre.

L'année théâtrale s'ouvrit à Drury-lane, en septembre 174^ , d'une manière qui ne promettait pas au public de jouir en paix de son amusement favori. De sombres nuages accumulés pendant l'été, ne tardèrent pas à produire une tempête ; la tranquillité

(1) S'il faut en croire M. Cooke , Garrick , lorsqu'il voulut introduire ces caricatures dans le rôle de Bayes , demanda à M. GifFard la permission de commencer par lui, pour que les autres n'eussent point à se plaindre. Giffard y consentit 5 mais il fut tellement courroucé lorsqu'il vit la manière dont Garrick signalait les défauts de son jeu, qu'illui envoya un cartel. Le dëfi fut accepte', et Garrick blessé au bras droit. L.a liépétitïon était annoncée pour le lendemain; les affiches avertirent que la représentation en était suspendue par indisposition subite de l'acteur chargé du principal rôle. On donna cette pièce quinze jours après , mais les imitations du jeu de M. Giffard en avaient élé retranchées, {Note du traducteur.)

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