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la pièce la mieux conçue , la mieux éciilc , n'est encore que la muette statue de Prométliée : dans Tame des grands acteurs est le feu qui doit l'animer.
De tous les comédiens errans qui , sous les règnes de Henri VIII et d'Elisabeth , parcouraient les provinces , les uns étaient , comme on l'a déjà dit^ des espèces de missionnaires prêchant la réforme, sous le masque d'une Thalie grossière, et payés pour ce burlesque apostolat. Les autres se bornaient à représenter des farces plus ou moins joyeuses , tantôt dans des lieux fermés , tantôt en plein air. Quant aux comédiens de la capitale , les plus suivis étaient de jeunes clercs qu'on appelait enfans des menus plaisirs , et qui jouaient les pièces de Lillie, de Ben-Johnson et des autres auteurs. Leur talent était si goûté que les comédiens de profession en furent jaloux : c'est au moins ce que Shakespeare nous fait entendre dans cette scène à'Hamlet^ où liosencraulz introduit des comédiens à la cour du jeune prince, pour le distraire de sa mélancolie.
Enfin , la reine Elisabeth , à la prière de sir Francis TValsingham , pensionna les douze meilleurs acteurs des dîfférens théâtres , et leur accorda le litre de comédiens et sen^iteurs de 6\ M,
Nous observons qu'à celte époque l'art du
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théâtre , en France , était moins avancé qu'en Angleterre (i).
A l'exemple de la reine , les grands seigneurs avaient des comédiens qui jouaient dans leur maison , et dont le service habituel était de les désennuyer. Enhardis par la protection de leurs maîtres , ils étendirent plus d'une fois les droits de la comédie, jusqu'à la satire ; et sur les plaintes qu'ils excitèrent, le gouvernement les supprima. Ce peuple de comédiens fut réduit à la troupe de la reine : encore cette troupe ne pouvait-elle ex-
(i) Ce que dit l'auteur anglais n'est pas sans fondement. Voici ce qu'on lit dans un cahier de Remontrances au Roi de France et de Pologne , Henri III du nom , en i588 , à l'occasion des Etats qu'on appelle communément les seconds Etats de Blois : a Un autre grand mal qui se com- » met et tolère , en votre bonne ville de Paris , aux jours î) de dimanches et de fêtes , ce sont les spectacles et jeux » publics , . . . . et par-dessus , tous ceux qui se font » une cloaque , et maison de Satan , nommée V Hôtel de » Bourgogne , etc. , etc. , etc. »
Telle était, en effet, la situation de l'art théâtral. Mais (itait-il possible qu'elle fût plus favorable, au milieu des guerres civiles et des fureurs de la ligue ? Après qu'Henri IV eut triomphé , la paix amena les plaisirs ; « et les comé- » diens, dit l'historien du théâtre français, ne furent pas » les derniers à ressentir la douceur de ce règne et les M bienfaits du monarque. »
{Histoire du Théâtre français ^ tom. III, p> 23().)
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céder un nombre donné. La violation d'un seul article du règlement entraînait la cessation du privilège.
Dès i6o3 , et dans la première année du règne de Jacques I®'', Shakespeare, Fletcher^ Burhage^ Hemmings et Coiidel , furent autorisés à jouer la comédie, non -seulement à Londres sur leur théâtre du ^Zo^e , mais dans toute l'Angleterre. On sent qu'une troupe exercée par de pareils maîtres devait faire prendre un grand essor à l'art du lliéàtre. Il est fâcheux que les écrivains qui nous ont transmis les noms de ces acteurs les plus applaudis, nous laissent ignorer la nature de leur talent et le système de leur déclamation.
La mode et môme la fureur de jouer la comédie firent construire des théâtres, de tous côtés. Point de château qui n'eût le sien et qui ne s'attachât un poëte fécond et complaisant. Le fameux Inigo Jones ne suffisait point aux décorations , ni les auteurs, aux pièces 5 car tout seigneur châtelain voyait un sujet de pièce dans un petit événement domestique , et le poëte bien payé donnait aussitôt une couleur héroïque aux misères que la vanité lui recommandait. C'est probablement à cette manie de pièces de circonstance , que le théâtre est redevable du Château de Ludlow , mascarade inimitable.
Ce goût pour le théâtre se soutint pendant
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tout le règne de Jacques 1^" , et la plus grande partie du règne de son infortuné successeur. Il eût été difficile que le sombre fanatisme des puritains épargnât la comédie : aussi fut-elle déclarée Vœiiure du démon. On ferma le théâtre , on mura les salles , on anatliématisa les poètes , comme des pestes publiques. Un acte du parlement , consenti par les deux chambres , et passe' le 12 février i644 5 assimila les acteurs aux vauriens et vagabonds , et les soumit aux peines portées contre cette lie de la populace. L'enivrement d'une troupe de sectaires précipitait cette grande nation anglaise dans un abîme de superstition et de démence. Plus heureuse et plus sage , la France applaudissait le Cid et les Horaces.
La mort de Charles I*^"^ porta le dernier coup aux beaux-arts. Une moitié de la nation pleurait son roi, l'autre moitié faisait la guerre à tous les souvenirs delà monarchie. Cromwel , esprit dur, ménageait la secte qui le soutenait sur les débris du trône des Stuarts , et lui livrait les belleslettres et ceux qui les cultivaient.
Cependant , quelques acteurs osèrent rouvrir un théâtre dans le cours de l'année 1649, ^^ leurs affiches annoncèrent le Julius César de Shakespeare y pour flatter l'opinion républicaine. Mais cet arlilîce fut inutile : des soldats armés s'emparèrent de la salle, d'autres Brutiis se jetèrent sur
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Ccsar, et le menacèrent du pilori, s'il récidivait.
Le puritanisme se promettait la destruction entière des théâtres. Par bonheur , il n'était pas aisé de faire perdre à la nation anglaise l'habitude des plaisirs ingénieux. Aussi TVilliœn (ï Ai^enant n'éprouva-t-il qu'une faible opposition , lorsqu'il reconstruisit, sinon un temple, du moins une chapelle aux deux Muses delà scène, dans le palais de Rutland, en i656*, deux ans après, il s'établit à Drury-lane.
Charles II remonta sur son trône , et le dieu des arts sur le sien.
Un roi dont le père avait été protégé /cette expression est permise) par sir TFilUam d'Assenant (i), devait toute protection à cet ami courageux et fidèle. D'Avenant ne demandait au roi que le renouvellement d'un privilège de théâtre : il l'obtint. Charles ajouta môme à cette concession tout ce qui pouvait en accroître les avanla-
(i) William cC Avenant commença par être page de la duchesse deRicliemont. A trente-deux ans, il fut élu poêle lauréat. Suspect aux moteurs de la révolution qui se préparait, il ne put échapper à l'emprisonnement, qu'en fournissant caution. Après mille traverses que lui suscita son zèle pour la maison de Stuart , il se mit à la tête du théâtre de Drury-lane, dans l'espérance de relever sa fortune. Il mourut en 1668. On lit ce peu de mots sur sa tombe - « O rare sir William d'Avenant ! y>
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ges. Ce prince oubliait aisément de grands services 5 mais ceux de SU Avenant étaient trop récens, pour qu'il ne s'en souvînt pas.
Le chef d'une seconde association dramatique fut Thomas Killegrew (Esquire), homme d'un caractère équivoque , mais dont l'esprit et les vices même ne déplaisaient point au roi. Les deux troupes prêtèrent serment entre les mains du lord chambellan , et les acteurs qui les composaient eurent le titre de serviteurs de la couronne ; les premiers sous le nom de comédiens du duc d'York y les seconds, sous celui de comédiens du roi. Ceux-ci furent portés sur l'état des premiers valets de chambre de S. M. Chacun d'eux reçut dix aunes de drap écarlate , avec une quantité suffisante de galons pour la livrée. Charles II et son frère se chargèrent de leur discipline intérieure , et se réservèrent le droit de juger leurs différens.
Dans ce temps-là , Molière , le premier des comiques français , écrivit les comédies qui l'ont rendu célèbre , et que plusieurs de nos auteurs ont pillées , en les critiquant (i).
(i) Les comiques anglais , et notamment Shadwell , appellent ces larcins des emprunts faits par paresse. Malheureusement ce Shadwell est assez pauvre , quand il n'emprunte pas.