‹ Mémoires sur GarrickChapitre 32 sur 148 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

meilleures pièces de Shakespeare. Les règles du drame, si Ton en excepte celles de Tunité de temps et de lieu, y sont suffisamment observées. L'action se compose d^une suite dVvènemens tellement lies entre eux , quVlle paraît iravoir qu'un but , le crime de Macbeth et les conséquences qu'il entraîne et qui causent sa perte. Dans toute la pièce, les incidens naissent Tun de Fautre; et tout en paraissant retarder la marche de Faction, ils conduisent rapidement à la catastrophe. Les sorcières introduites dans Macbeth sont un incident que Corneille , Racine et Voltaire auraient cru sans doute au-dessous de la dignité' de la tragédie; mais dans les mains de Shakespeare, il prend le caractère élevé d'une fiction imposante. Ces sorcières font une impression si profonde , que , depuis le commencement jusqu'à la fin, on les croit des agens surnaturels. Le poëte qui puise sa fable dans un siècle éloigné doit se conformer aux mœurs , aux opinions , aux préjugés qui régnaient à cette époque. C'est ce qu'a fait notre grand poëte , qui place sa scène dans un temps d'ignorance et de barbarie. Il nous a tracé le tableau fidèle de l'esprit du siècle

qu'il met sous nos yeux , et cet esprit vivait encore au siècle de Shakespeare. On ne peut donc lui reprocher ses sorcières : ce ne sont pas des êtres imaginaires ; elles existaient dans le monde. Aucun poëte français (i) nVurait osé hasarder un tel phénomène ; cette hardiesse était réservée pour un plus grand génie. Je le répète, les discours et les incantations de ces sorcières ont une solennité qui fait naître dans tous les esprits fidée d'agens surnaturels pour qui le livre des destinées est ouvert. La première prédiction qu'elles font à Macbeth ne tarde pas à se vérifier, et cette étincelle allume en lui la flamme de l'ambition, quoiqu'il frémisse à la seule pensée de commettre un meurtre. Il est ambitieux , mais irrésolu. On trouve dans un de ses monologues une vérité morale que Juvénal a exprimée avec son énergie ordinaire :

ce Scelus intrà se tacitum qui cogitât ullum , » Facli crimen habet. »

(i) Ainsi le génie de Corneille ne suffisait pas pour imaginer ces trois sorcières! Cette assertion est ridicule. Des critiques anglais, plus éclairés que M. Murphy, se donnent

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