CHAPITRE IV
L'esprit qui hésite et qui délibère se familiarise par degrés avec Thorreur du crime, et finit par Tenvisager sans effort.
Shakespeare a développé cette idée dans son drame, et Ton peut dire que Garrick, son digne interprète, sVst montré Tégal de son maître. Chaque sentiment qu'il devait exprimer naissait dans son ame , et se peignait sur ses traits. Macbeth termine son monologue par la résolution irrévocable, à ce qu'il croit , de ne pas commettre le crime ; il dit à sa femme qu'il ne veut pas aller plus loin; mais elle emploie toute son influence pour en obtenir ce forfait. Il exprime d'un ton faible le seul motif qui l'arrête encore , la crainte d^chouer dans cette entreprise : cette crainte est écartée par la scélératesse d'une femme ambitieuse; Macbeth se décide à l'assassinat.
Mais le génie de Shakespeare n'est pas encore épuisé. Il lui restait à nous peindre la situation d'une ame qui médite et va com-
autant de peine pour excuser cette fiction bizarre que lui pour nous la faire admirer. {Note des éditeurs. )
mettre un grand crime. Sa conscience Faccablantdéjà, Macbeth s'écrie :
« N'est-ce pas un poignard que je vois devant moi? »
La pause que faisait Garrick en ce moment, son attitude, son air d^efFroi, tandis que toute son ame JDassait dans ses traits , frappaient les spectateurs dYtonnement et de terreur. Enfin Macbeth reconnaît que ce qu^il a cru voir n''est que TefFet d'une imagination en désordre; il se dit à lui-même :
(c II faut que, malgré moi , cette image effrayante y) Sans cesse à mon esprit, à mes yeux soit présente ! »
Si quelque chose peut détourner le cœur de rhomme de concevoir le projet d\m crime, cVst la peinture des tourmens que Macbeth endure en s** éloignant du sentier de la vertu. Excité par sa femme, il persiste dans son dessein criminel, et commet le meurtre. Garrick en rentrant sur la scène, tenant en main le poignard ensanglanté, semblait un homme hors de lui, qui a perdu Tusage de ses sens; on voyait sa pâleur augmenter de moment en moment, et tout son