CHAPITRE ly. 5t
extérieur faisait frissonner. Enfin déchiré par les remords , il s^écriait avec Faccent du désespoir :
c< L'Océan pouira-t-il laver ma main sanglante? » Elle teindra plutôt tout le vaste Océan! »
Après le meurtre de son souverain , Macbeth est tellement affamé de sang, qii^il paie des scélérats pour assassiner Banquo; mais, telle est la force vengeresse de la conscience, que , dans la scène du festin , il voit le spectre de Banquo f et s^élance de son siège, plein de surprise et d'horreur. On pourrait croire que le poëte n'a plus un trait à ajouter pour achever son tableau moral; mais ladf Macbeth à triomphé jusque-là. Shakespeare veut montrer aussi les effets que produit sur elle une conscience agitée. Il représente son héroïne criminelle , parcourant le théâtre quoique endormie. Voltaire pouvait critiquer cette hardiesse comme blessant la dignité delà tragédie. S'il avait eu le courage de hasarder sur le théâtre une pareille situation, il aurait mis dans la bouche du personnage en scène soixante vers, remplis de toutes les grâces
étudiées d^une versification harmonieuse (i). Notre grand poëte peint d\après nature, et ce n''est que par quelques phrases interrompues que ladf Macbeth découvre le remords qui la tourmente.
Il fallait un Garrick pour faire sentir toutes les beaute's du discours adresse' par Macbeth au médecin :
Sauve-moi : je t'implore et t'appelle à mon aide ! Pour un cœur déchiré n'est-il plus de remède? Contre le trouble affreux et les maux que je sens , Les secours de ton art seraient-ils impuissans? Arrache de mon sein le poison qui me tue !
Macbeth apprend bientôt la mort de la reine. De sombres réflexions sortent de sa conscience ; il montre sans cesse que son ame
(i) Il est probable que M. Murphy n'avait pas lu les tragédies de Voltaire. Jl aurait vu que ce grand poëte , loin de délayer une situation théâtrale dans une peisification hajTîionieuse , produit presque toujours son effet par deux ou trois vers , quelquefois même par un seul :
J'allais venger mon fils....
Vous alliez fimmoler.
{Note des éditeurs.)