CHAPITRE IV
est à la torture; mais on n\iperçoit aucun symptôme de repentir. Son courage naturel le soutient, jusqu'à ce quVnfin il ait lieu de maudire le démon qui Ta trompe' par un oracle ambigu : il se détermine à mourir les armes à la main , combat avec la fureur du désespoir et périt victime de ses attentats.
Macbeth offre la plus grande leçon de morale qui ait jamais été présentée sur le théâtre. Le pouvoir de la conscience s^ déploie de la manière la plus frappante. On y reconnaît la fatalité qui poursuit une ambition démesurée, et combien il est insensé de croire les prédictions de vils imposteurs qui prétendent avoir des connaissances surnaturelles. Les théâtres de la Grèce , de Rome et de la France n'ont rien qu'on puisse comparer à Macbeth ; et Garrick, pour nous servir d'une phrase de Cibber, s'y surpassa lui même, comme il avait surpassé, dans||es autres rôles , tout ceux qui l'avaient précédé.
Avant la fin de janvier, on donna la première représentation de Régulas ^ tragédie de M. Havard (i), homme estimable et généra-
(i) Successivement acteur aux trois théâtres de Lon-
54 VIE DE GARftlCK.
lement respecte. Le sujet de cette pièce est connu de quiconque a la moindre teinture de riîistoire romaine. Elle réussit, mais elle n''eut pourtant que douze représentations; ce qu^on regretta d'autant plus, que Garrick oiFrait une image fidèle et classique de cet illustre Romain, tel qu'Horace le décrit : écartant les amis qui voulaient le retenir à Rome , quoiqu'il sut quels tourmens un ennemi barbare lui réservait ^ et partant avec la sérénité d^un homme qui va se délasser à la campagne ^ des fatigues du barreau (i). Un de mes amis , excellent critique, me disait souvent que le
dres , et auteur de quatre pièces qui réussirent , mais dont le succès ne fut pas durable. Comme acteur et comme auteur , il ne s'ëleva jamais au-dessus de la médiocrité : son jeu ei ses ouvrages n'offraient ni défauts à critiquer , ni beautés à imiter. {Note du traducteur .)
(i) Atqui sciebat qu£E sibi barbarus ^ ^
Tortor pararet; non aliter tamen Dimovit obstantes propinquos , Quam si clientum longa negotia Dijudicatâ lite relinqueret, Tendens venafranos in agros, Aut, etc. Horace.
{Note des éditeurs.)