‹ Mémoires sur GarrickChapitre 36 sur 148 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

jeu de Garrick dans ce rôle lui paraissait une excellente traduction de ce passage du poëte latin.

Une autre nouveauté fut donnée vers la fin de mars : Mahomet^ tragédie, par le révérend James Miller (i) ; assez bonne traduction du Mahomet de Voltaire. Le sujet en est grand, important et plein d^intérêt. Cette pièce ne réussit pas en France dans Porigine; les bigots formèrent une cabale, et Voltaire , après la troisième représentation, fut obligé de la retirer. Il vécut pourtant assez pour voir la violence du zèle religieux se calmer, et les illusions de la bigoterie s^évanouir dé-

fi) Cet auteur perdit la protection de son évêque pour avoir consacré ses talens au théâtre. Ayant ensuite donné une pièce , le Café , qui eut le malheur de déplaire aux étudians du temple , ceux-ci, pour se venger, résolurent de faire tomber toutes celles qu'il donnerait désormais, bonnes ou mauvaises , et ils exécutèrent ce projet à l'égard de deux comédies qu'il fit jouer ensuite. Il traduisit alors Mahomet; et comme on ignorait qu il en fût l'auteur, il n'y eut point de cabale , et la pièce réussit. Mais le jour même où elle devait être représentée pour la première fois à son bénéfice , l'auteur mourut de mort subite. Cette tragédie est restée au théâtre ; mais elle y paraît très-rarement. (Note du traducteur.)

vant la raison. Sa pièce fut remise au théâtre ^ et re'ussit complètement. Le Mahomet anglais dut une partie de son succès au talent que déploya Gariick dans le rôle de Zaphna (i). Uauteur étant mort le jour de la •leprcsentation à son profit, sa veuve en toucha le produit. Cette pièce fut bien accueillie sans avoir un succès brillant ; mais elle fut remise au théâtre en 1766, et jouée plusieurs fois avec de grands applaudissemens.

Garrick était alors en possession des quatre plus grands rôles de la tragédie , car on doit considérer comme tels Lear^ Richard ^ Hamlet et Macbeth. Mais pour varier les plaisirs du public , il faisait aussi de fréquentes excursions dans le domaine de la comédie. Ce fut ainsi qu^en 1^44^ il amusa ses spectateurs des brusqueries de sir John Brute (2). C'était un véritable protée , par la célérité avec laquelle il se montrait sous différentes formes. Aussitôt que Garrick paraissait , on reconnais-

(i) Le Séïde de la pièce anglaise.

( Note du traducteur. )

(2) Dans la Femme poussée à bout, par sir John Vanbrugh. ( Note du traducteur. )

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