CHAPITRE IV
sait sir John dans ses traits, dans sa marche, dans son maintien. Sa voix, naturellement agre'able, prenait un ton sec et dur. Comme il continua déjouer dans cette pièce jusqu^à sa retraite du théâtre, il peut encore exister des gens qui se rappellent la force comique qu^il déployait dans toutes les situations du rôle. Il serait inutile dVntrer, à cet égard, dans un plus long détail. Il suffira de dire que Collej Cibber fut le seul qui se trouva mécontent et qui le témoigna hautement.
Mais Cibber offrit bientôt à Garrick une belle occasion de se venger. On savait qu'ail se préparait à faire jouer sa tragédie intitulée : La Tyrannie papale sous le règne du roi Jean. CVst de cette pièce que Pope dit dans sa Dunciade :
ce .... Le roi John en silence » Modestement expire. . . . w
Mais Pope n'existait plus , et Cibber eut la hardiesse de donner cette tragédie sur le théâtre de Covent-Garden. Garrick, toujours jaloux de rhonneur de Shakespeare , et nVtant peut-être pas fâché de trouver Foccasion de jouer un tour à son ennemi, fit mettre le Roi
John en répétition à Drury-lane. Cette pièce est une des plus irregulières de Shakespeare. La scène se passe tantôt en Angleterre , tantôt en France , sans que le poëte se donne la peine de faire connaître bien clairement dans quel pays il transporte ses spectateurs ; et cependant le génie de Shakespeare triompha de toute cette confusion , et Garrick obtint un triomphe de plus. Cibber joua dans sa pièce le légat du Pape, Pandolphe ; mais il était alors fort avance en âge. Sa voix , qui n"* avait jamais convenu à la tragédie, avait beaucoup perdu; son articulation était faible: il ne lui restait que de la grâce dans les attitudes. La curiosité publique fut pourtant excitée, et la foule se porta h Covent-Garden, pour voir Facteur vétérant ; mais sa pièce ne lui fît aucun honneur; il eût montré plus de jugement en la gardant dans son porte-feuille (i). Ce fut en février 174^ que parut Ta/i-
(1) Cibber, alors âgé de soixante-treize ans, avait perdu plusieurs dents. Sa pièce eut douze représentations; et d'après le jugement qu'en portent plusieurs critiques anglais , elle n'est pas aussi mauvaise que M. Murphy le donne à entendre. (Note du traducteur. )