‹ Mémoires sur GarrickChapitre 38 sur 148 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

crede et Sigismonde y la meilleure des tragédies de Thomson (1), supérieure même à son Agamemnon, maigre les éloges donnés à cette dernière pièce par le docteur Joseph Wharton. Dans le cabinet, Tancrede et Sigismonde est un ouvrage délicieux; mais il faut convenir que Thomson ne connaissait pas PefFct théâtral. On ne trouve pas, dans ses pièces, de ces incidens qui semblent retarder la marche de Faction, et qui contribuent cependant à Faccélérer. CVst un reproche qu'ion peut faire à celle dont nous parlons. Le dialogue est diffus , bien versifié, mais plus fleuri que naturel; Tancrede Gi Sigis monde s''adrcssent des tirades de trente à quarante vers, ce qui ne convient nullement à Tardeur d\me passion mutuelle. Et cependant tel était le charme du débit de Garrick et de mistriss Cibber , qu^on les écoutait avec enthousiasme.

Cette pièce fut bientôt suivie dC Othello^ pièce que Garrick choisit pour la représentation qui eutlieu à son bénéfice, en mars 1 74^.

(1) L'auteur du poëme des Saisons.

{Note du traducteur.)

6o VIE DE GARRICK.

Il ne conserva pas long-temps ce rôle , qui ne lui convenait pas. Garrick produisait des effets prodigieux par le jeu de sa physionomie mobile ; et dans Othello Texpression de son ame , qui se peignait ordinairement sur ses traits, se trouvait perdue sous la couleur noire qui les déguisait.

Garrick passa la saison théâtrale suivante à Dublin; il s^ rendit sur Finvitation de M. Sheridan^ père de Fhomme célèbre qui porte ce nom , et partagea les fonctions de directeur avec lui. Ils vécurent dans la meilleure intelligence, paraissant alternativement dans leurs principaux rôles, et jouant ensemble dans les pièces qui en offraient un pour chacun d^eux. Ce fut à cette époque et sur le théâtre de Dublin, que parut pour la première lois un véritable phénomène, le célèbre Barrf , qui ne tarda pas à briller sur le théâtre de Londres, et qui fit les délices de la capitale. Il débuta par le rôle ai Othello^ et y reçut des applaudissemens universels. Garrick fut au premier rang de ses admirateurs, et quand il revint à Londres en 1746^ il fit en toute occasion Téloge des talens de ce nouvel acteur.

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