CHAPITRE IV. 6i
Rich, directeur de Covent-Garden , voyait que Garridi était un acteur extraordinaire. Il désirait renforcer sa compagnie pour la saison théâtrale suivante : en conséquence, il fît des ouvertures à Thomine qu^il avait dédaigné. Il lui ofFritdes conditions avantageuses; et pour le déterminer plus aisément aies accepter, il lui proposa d^ouvrir son spectacle, qui était alors fermé, et d^ donner six représentations dont ils partageraient le bénéfice. Garrick y consentit, et joua ses principaux rôles avec le plus grand succès.
Cependant Lacy, successeur de Fleetwood dans la direction de Drury-lane, remuait ciel et terre pour engager Tacteur qui en avait déjà fait le principal ornement. Mais il s^ prit trop tard; Rich avait déjà réussi dans ses projets, et sVtait assuré d^une réunion de talens, telle qu^on nVn avait pas encore vu, puisqu'on y trouvait Garrick, Quin,Woodward, Ryan, mistriss Cibber , mistriss Pritchard, et plusieurs autres acteurs inférieurs aux premiers , mais qui notaient pas sans talent. Lacy prit Talarme ; et voulant aussi recruter sa troupe , il courut à Dublin , et réussit à conquérir Barry que le public idolâtrait; mais
ce renfort ne fut pas suffisant pour le mettre en ëtat de lutter avec avantage contre les forces combine'es de Covent-Garden. Quin et Garrick sVntendaient, et jouaient tour à tour les mêmes rôles; mais on convint généralement que Quin n'avait pas ajouté à sa réputation, en paraissant dans ceux de Richard y de Lear et de Macbeth. Ils jouèrent souvent dans la même pièce; et dans la première partie à^Henri IVj Garrick joua Hotspiir, afin que Quin brillât dans le rôle de sir John Falstaff. La Belle Pénitente (i) était leur triomphe. Quin jouait le rôle à^Horatio avec cette dignité que son débit donnait aux pensées morales; Garrick, dans celui de Lo- ^/irtnb, représentait au mieux un jeune homme
(i) Par Rowe , l'un des meilleurs auteurs dramatiques anglais. JLothario^ espèce de Lovelace, est tué au quatrième acte , et son corps reste expose sur la scène pendant le cinquième. C'est ordinairement un valet de théâtre- qui joue ce rôle de cadavre. En 1699 , celui qui en était charge s'entendant appeler par un acteur qui ignorait son occupalion momentanée , s'ëcria : « Me voici! « se releva avec précipitation couvert de son linceul , et courut si étourdiment pour voir ce qu'on lui voulait , qu'il renversa l'actrice qui jouait le rôle' de Caliste. {Note du traducteur.)