CHAPITRE V
gagement avec Lacy, et continua de rester à ce théâtre. Garrick se présenta pour la première fois au public . comme directeur , en prononçant vm prologue écrit , pour cette occasion , par son ami Samuel Johnson , d\in style qui , si Ton en excepte celui de Pope dans le prologue de Caton, est supérieur à tout ce qui a été écrit en ce genre dans la langue anglaise. Les sentimens exprimés dans ce prologue étaient ceux que Garrick nourrissait dans son cœur : son désir le plus ardent était de rendre tout son lustre à la poésie dramatique. Il regardait la tragédie comme récole de la vertu, représentant les passions et les souffrances de la nature humaine pour Tinstruction du genre humain : il voyait dans la vraie comédie le miroir de la vie , qui mettait sous les yeux les folies et les faiblesses du cœur et de Fesprit, tant pour amuser les hommes que pour réformer les mœurs du siècle. C'était en cultivant ces deux branches qu'il espérait bannir du théâtre la pantomime, la danse de corde et les muses de Smithfîeld.
Au lieu de ces monstres, il offrit au public, au commencement de janvier 1748, la tragé-
die de Venise sauvée par Otway (i). Il avait étudie' le rôle de Jaffier l'année précédente, dans le dessein de le jouer, avec Favantage d'être secondé par Quin dans celui de Pierre: mais une fièvre, qui dura trois ou quatre semaines , Tobligea d'ajourner ce projet. Il confia alors son dernier rôle à Barry, et ce fut secondé par lui qu'il présenta Jajfier au public. Les critiques ont blâmé le titre de Venise sauvée, parce qu'il annonce la catastrophe, au lieu de laisser les spectateurs dans l'incertitude. C'est sans doute une erreur in liraine; mais ensuite, on trouve une faute encore grande dans les basses bouffonneries di Antonio avec AquiUna, Cette scène, quand même elle serait écrite avec une véritable verve comique, n'en serait pas moins déplacée.; car elle ne tient pas au sujet et est purement épisodique. On la supprime avec raison à la représentation; et la pièce, telle qu^on la joue, est peut-être la meilleure qui ait paru
(i) Pièce puisée dans l'Histoire de la Conspiration de Venise , par l'abbe de Saint-Réal. Le discours adressé par Renault aux conspirateurs en est traduit presque mot pour mot. ( Note du traducteur. )