CHAPITRE V
depuis Shakespeare. Le rôle de Jaffier ^ homme doué des meilleures dispositions , mais d\iu caractère faible, partagé entre Tamour et Famitié, passionné pour Behidéra et sincèrement attaché au vertueux Pierre , cédant tantôt à sa passion , tantôt à l'exemple des vertus de son ami, sans jamais rester attaché ni au mal , ni au bien ; ce rôle , disonsnous , avait besoin de tous les moyens de Garrick ; il les y développa : son génie le remplit de toutes les passions qu'Otway a peintes avec tant d'énergie. Barry ne brilla point dans le rôle de Pierre ; sa voix était trop douce et trop moelleuse pour exprimer les sentimens d'un personnage austère. Il se sentait plus appelé à celui de Jaffier, Aussi , pendant toute la pièce, avait-il toujours les yeux fixés sur Garrick , résolu de profiter des idées qu'il pourrait glaner sur les pas d'un si grand maître, pour entrer quelque jour en lice avec lui. Il le fit par la suite, sur le théâtre de Covent- Garden ; on reconnut un rival digne de Garrick, et même, grâce à sa voix flatteuse et flexible , on trouva qu'il le surpassait quelquefois.
74 VIE DE GARRICk.
Cette pièce fut suivie de V Enfant trou(^e\ romëdie d'Edouard Moore (j), IV'legaiU auteur des Fables à Vusage des clames. Cette pièce eut du succès; elle en aurait probablement eu davantage, si on ne lui eût trouve trop de ressemblance avec une comédie de sir Richard Steele (2).
Garrick avait préparé, pour la saison suivante , la remise au théâtre de deux pièces de Shakespeare. L\ine était Romeo et Juliette ^
(1) Auteur de pliisieurs ouvrages dramatiques , et nolaïuinent du Joueur^ connu en Fiance sous le nom de Beuerley. {Note du traducteur.)
(2) Auteur de six comédies , mais principalement connu comme ayant été l'un des collaborateurs d'Addisson dans le Spectateur. Il fut toute sa vie aux expédiens pour l'argent , et l'on cite à ce sujet une anecdote qui pourrait servir d'incident dans une comédie. Un jour que ses meubles avaient été saisis , et que des gardiens étaient établis chez lui pour leur conservation, il attendait nombreuse compagnie dans la soirée ; ne voulant ni la contremander , ni lui montrer des figures toujours fâcheuses à voir , il parvint à déterminer les suppôts de la justice à mettre sa livrée et à passer pour ses domestiques. Tout alla bien d'abord ; mais ayant parlé à l'un d'eux d'un ton trop impérieux , l'orgueil du serviteur de Thémis se révolta 5 et jetant le masque qui le déguisait, il se montra dans toute sa difformité naturelle. {Note du traducteur. )