CHAPITRE V
deux acteurs, et la pièce eut un succès prodigieux.
La seconde pièce de Shakespeare, qu'ail remit au théâtre en même temps , était une comédie, Beaucoup de bruit pour rien. Elle réussit complètement : mistriss Pritchard, dans le rôle de Béatrice , était la digne rivale de Garrick dans celui de Benedict. On n'*a jamais décidé lequel méritait le plus d'applaudissemens : ils semblaient se les partager également à chaque représentation. Cette pièce attira la foule tant que Texcellente actrice conserva son rôle; mais enfin elle le céda à sa fille, et Touvrage sembla perdre la moitié de son mérite.
Le mois de février 1749 vit paraître Irène, tragédie du docteur Johnson (1), qu'il avait apportée toute faite à Londres, quand il y vint avec Garrick pour tenter la fortune. Mais il ne put parvenir à la faire représenter avant
(1) C'est le seul ouvrage dramatique du docteur Johnson : il n'eut pas plus de succès que le Caton d'Addisson. Il est bon de remarquer que , de même qu'Addisson , Johnson avait scrupuleusement observé la règle des trois unités^ ennemie mortelle du théâtre anglais.
{Note du traducteur. )
que son ami fût investi de Faulorite du sceptre directorial. Alors , toutes les difficultés s^évanouirent. Le sujet est tiré de Thistoire des Turcs. Les courtisans du sultan Mahomet lui reprochant de consacrer tout son temps à la belle Irène , et de négliger les affaires publiques , ce prince offensé , mais voulant regagner la bonne opinion de ses sujets , convoque une assemblée des grands de Tempire, et faisant appeler Irène , lui tranche la tète de sa propre main. Johnson changea quelque chose à riiistoire. Il ne manquait pas d^imagination ; mais sa pièce marche d^un pas calme et philosophique , sans un seul incident pour exciter les passions. Le dialogue est riche d^harmonie et dVxpression; mais de beaux vers ne suffisent pas pour faire une bonne tragédie. Irène fut donc reçue froidement, et les talens réunis de Garrick et de Barry, de mistriss Cibber et de mistriss Pritchard ne purent la faire vivre plus de neuf jours.
Irène fut remplacée à Drury-lane par Merope , tragédie d'Aaron Hill , auteur de beaucoup dWvrages en prose et en vers, et notamment des traductions de Zaïre et d'Al-
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7Âre(i). La première de ces deux pièces parut en 1736 sur le dièàtre ; elle eut Thonneur (Petre choisie pour le début de la célèbre mistriss Cibber qui réunit tous les suffrages comme Factrice douée de la voix la plus mélodieuse et la plus touchante qu'on eût jamais entendue. La Merope de Voltaire a toujours été justement admirée ; la Merope anglaise nV pas les mêmes droits aux applaudisseniens. Aaron Hill , dans sa préface , dit avec
(1) Le docteur Aaron Hill se chargea d'abord de la direction de deux spectacles. Il abandonna l'un et l'autre à la suite de quelques differens avec le lord chambellan. Il traduisit Zaïre de Voltaire , et la fit d'abord représenter sur un petit théâtre bourgeois , au profit d'un ancien acteur ( M. Bond) que des malheurs avaient réduit à la dernière détresse , et qui mourut à la troisième représentation au moment oii Lusignan , dont il remplissait le rôle , reconnaît ses enfans.
Lorsqu'en 1736 Zaïre fut jouée sur le théâtre de Drurylane, Aaron Hill instruisit mistriss Cibber, et la forma pour ce rôle auquel elle a dû sa réputation.
A cette époque , il fit paraître une feuille périodique intitulée P/w/zz/^/e/- (le Souffleur) ; il y donnait de bonnes leçons aux acteurs , et les censurait sans ménagement.
Il proposa l'établissement d'une école dramatique ; mais le gouvernement ne favorisa poin-t son projet.
[Note des éditeuis.)
le ton de suffisance qui lui est ordinaire ^ u qu^il a retouché , pour que M. Voltaire pût » en profiter , quelques-uns des caractères de » sa Mërope si vantée. » On croit d'^abord voir un esprit d** émulation ; on s''attend à trouver des changemens heureux et considérables : rien de tout cela ; le traducteur suit timidement son auteur , scène par scène , et ne diffère de Poriginal que par un style recherché, des expressions forcées, une versification pénible et sans harmonie. Malgré tous ces défauts , Merope obtint les plus vifs applaudissemens ; mistriss Pritchard , dans le rôle de la mère , et Garrick dans celui du fils, inspirèrent la terreur et la pitié , et tirèrent des larmes des yeux de tous les sjfectateurs.