‹ Mémoires sur GarrickChapitre 49 sur 148 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

viii milieu de la confusion la plus grande, des incidens qui réveillent Fattention , et qui remuent violemment toutes les passions ; et Shirley ne possédait pas cet art. La question , dans le premier acte , est de savoir si le prince de Galles livrera bataille à un ennemi supérieur en nombre , et cette question se discute encore dans le quatrième. Enfin la bataille de Poitiers arrive au cinquième , et se trouve mêlée avec la détresse de deux amans mourans qui n^nspirent aucun intérêt. Sbirley écrivit sa tragédie à Lisbonne ; il paraît qu^il y était encore quand elle fut représentée : il n'eut donc pas Foccasion de consulter des amis éclairés , seule raison qu'on puisse alléguer pour excuser Finsipidité de cette composition. Le caractère le mieux tracé est celui de Ribemont, maréchal dans Farmée française , et ce rôle fut parfaitement joué par Barry ; mais celui du Prince noir était trop uniforme , trop froid, trop insignifiant pour un acteur comme Garrick.

En février suivant , Drury-lane s'enrichit du Père romain ^ tragédie de William Whiteliead. Le sujet de cette pièce est bien connu; c'est le même que Corneille , le grand poëte

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de la France, avait traite eo i635 (i). Mais de la manière dont le poëte français a conduit son plan, il n'y a plus d'unité d'action. On trouve dans sa pièce trois tragédies distinctes: 1^' la victoire des Horaces sur les Curiaces; 2" la mort de Camille; 3^ le jugement du jeune héros. Corneille sVst jugé lui-même, a Tout ce cinquième acte , dit-il , )) est encore une des causes du peu de sa- » tisfaction que laisse c*ette tragédie ; il est )) tout en plaidoyers , et ce n'est pas là la » place des harangues ou des longs discours. )> Ils peuvent être supportés en un commen- )) cément de pièce , où Taction n''est pas en- )) core échauffée , mais le cinquième acte » doit plus agir que discourir. »

Telle était la candeur de Corneille. Menacé, par FAcadémie, d\me critique semblable à celle qui avait été publiée sur le €id, il se consola en disant: » Horace fut con- )) damné parles Duumvirs, mais absous par )) la voix du peuple. »

M. Wlîitehead eut assez de jugement pour

(1) Les Horaces de Corneille fin ent représentes en i63c) et non en ifiôa. [Noie des éditeurs.)

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