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spectacle de marionnettes mit le's deux tliéâtres d'accord, en leur enlevant tous ceux qui les fréquentaient.
Ce n'est pas de nos jours seulement que les grands poètes ont éprouvé combien la faveur du public est volage. Térence vit le peuple romain quitter la représentation de VHecyra, pour courir aux jeux d'un funambule (i).
Si le théâtre du roi faisait peu de recettes , celui du duc d'York faisait beaucoup de dépenses. Arrivés , par ces deux cliemins , au même résultat, ils s'avouèrent mutuellement leur détresse, et convinrent de se réunir. Drury-lane étant un local plus vaste et plus commode , la troupe de (T Avenants'^ rendit, et les emplois se partagèrent. On avait craint que les deux peuples mêlés ne s'accordassent pas toujours ; mais ils firent encore mieux que de s'accorder, ils se liguèrent. Comme les deux directeurs s'entendaient , surtout pour opprimer les comédiens , ceux-ci se coalisèrent sous la bannière de Bctterton , et la guerre civile s'alluma dans les coulisses. Les rebelles demandaient la permission de construire un théâtre dans Lin-
(i) Cum primiini eum agere cœpi, pugilûm gloria , Funambuli eodem accessit expeclatio, etc. , etc.
( Térence y 2*^ prologue de VHecyre. )
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colnInn-Fields : mais il fallait pour cela faire déclarer que le prince régnant n'était point lié par les actes de son prédécesseur. Guillaume III ne se débattit pas long-temps contre cette idée-là.
L'ouverture du nouveau théâtre eut lieu , le 3o avril 1695, et la première comédie que la troupe dissidente y représenta fut Loue for Loue^ de Congrève. Le succès de cette pièce se maintint, jusqu'à la fin de la saison théâtrale. Betterton comptait sur une longue prospérité. Congrève avait promis une pièce tous les ans , et devait, pour prix de son travail , jouir d'une part dans les bénéfices de l'entreprise. Mais il ne remplit point sa promesse , et , pour surcroit d'infortune , la troupe fut évincée du local qu'elle occupait , sur ce que les habitans de Lincoln Inn-Fields remontrèrent que , depuis l'établissement d'un théâtre dans ce quartier , on n'y dormait plus.
La troupe se défendit. Mais l'avocat de ceux qui voulaient dormir , armé de cette bonne raison , lui fît perdre son procès. Toutefois , on lui permit de jouer encore à Lincoln Inn-Fields , jusqu'à ce que la salle de Hay-Market fût réparée. Mais la mésintelligence s'introduisit parmi les comédiens. L'intérêt commun ne les réunissant plus , chacun d'eux écouta ses passions. Les démocraties sont orageuses \ tous ces comédiens prétendaient au gouvernement. Les tragiques , accoutu-
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mes au despotisme de leurs personnages , afleclaient la supériorité sur les comiques, et ceux-ci reconnaissaient trop bien leurs camarades sous l'oripeau de Tamerlan ou ai Alexandre., pour se résigner à l'obéissance. On s'invectivait, on se battait même au besoin.
Dans cet instant assez critique , le puritanisme , implacable ennemi des arts d'agrément et surtout du théâtre , renouvela ses agressions. Il parut un écrit intitulé : Coup - d œil sur le théâtre. Le livre du fameux Genevois (i) fit moins de bruit dans sa république. Jérémie Collier^ auteur de ce manifeste , y foudroyait la comédie , comme un amusement criminel , et les comédiens, comme des hommes à chasser de tout Etat bien policé. Le réformateur concluait à la suppression de tous les théâtres. S'il n'eut pas satisfaction â cet égard , du moins opéra -t-il un changement salutaire. La plume des auteurs fut plus chaste , et le sel de leurs plaisanteries plus attique. On purgea même les vieilles pièces des obscénités qui les saHssaient. En un mot , le théâtre s'épura : les femmes , qui n'osaient paraître aux premières représentations que masquées et sous des grillages , se montrèrent aux loges , parce qu'elles n'eurent plus à re-
(i) L'auteur parle sans doute de la lettre de J.-J. Rousseau contre les spectacles.
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douter de grossiers quolibets dont un public encore plus grossier ne manquait jamais de leur faire l'application.
Cependant les recettes baissaient sensiblement. En reconnaissant que le théâtre était plus sage , on le trouvait un peu plus froid. Cette classe de spectateurs que les saletés amusent, courait se dédommager avec les baladins, de ce qu'elle perdait à Drury-lajie-, et la bonne compagnie ne suffisait pas. En peu d'années , les deux théâtres passèrent sous la direction de plusieurs hommes plus ou moins capables de les administrer. Nous n'entretiendrons point nos lecteurs de leurs querelles^ mais nous croyons nécessaire de leur faire connaître l'autorité chargée de la police des spectacles, l'étendue de son pouvoir et la manière dont ce pouvoir est exercé.
Le lord chambellan, depuis une époque indéterminée , mais ancienne , s'était arrogé le droit d'examiner les pièces destinées à la scène, de les permettre , de les défendre , de les mutiler. Ce droit ne reposait pourtant sur aucune loi , sur aucun statut positif-, mais il est devenu , par la suite, une attribution légale de la place de ce même lord chambellan.
On a vu plus haut le parlement , le conseil de la commune et les tribunaux appliquer aux comédiens des lois rendues contre les vagabonds , far-
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ceurs, ménétriers, etc.*, mais , depuis que le théâtre avait reçu le caractère d'une institution nationale , l'opinion publique affranchissait les comédiens de celte application flétrissante. On pensait généralement que , si la profession du théâtre était un état proscrit par les lois , le gouvernement lui-même n'était pas le maître d'en autoriser l'exercice ^ et que s'il ne leur était pas contraire, chacun devait être libre de l'exercer. De ce principe , on tirait la conséquence que les lettres-patentes accordées aux comédiensn'étaient qu'une recommandation honorifique , un titre de protection personnelle. Cependant les acteurs les plus célèbres avaient cru trouver de l'avantage à se placer sous l'influence du lord chambellan , quoique sa puissance capricieuse eût quelquefois chagriné des talens fiers qui ne pliaient pas.
Le directeur faisait signer des engagemens dont le maintien ou la dissolution était du ressort de la juridiction supérieure.
Un comédien qui manquait aux règlemens pou vait être puni de la prison , si le lord chambellan n'usait d'indulgence. Powell , jaloux de TFïlks , quitta Drury-lane , sans congé, pour s'engager à Lincoln'Inn-Fields. Cette émigration était défendue , par un article du règlement, à moins qu'elle n'eut été consentie par l'un et l'autre directeur. Le lord chambellan ferma les yeux ^ mais
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lorsque Powe// repassa (toujours sans congé) de Lincoln'Inn-Fields à Drury-lane , il fut arrêté par un messager du roi.
Quelques années après, Dogget, mécontent du directeur de Drury-îane, quitta le théâtre, et se retira dans une maison qu'il avait acquise à Norwich. Les directeurs, qui le regrettaient, s'adressèrent au lord chambellan, pour reconquérir un acteur nécessaire.
Dogget n'était pas homme à se laisser intimider. Il reçut gaiement le messager chargé du mandat, se fit traiter fort libéralement le long de la route , et dès qu'il fut à Londres, réclama son habeas corpus. Comme ce cas ne s'était pas encore présenté, le premier juge, M. Holt, le jugea digne de toute son attention. Non-seulement Dogget fut mis en liberté, mais on déclara son emprisonnement illégal , arbitraire et répréhensible.
A la mort de la reine Anne (i^i4) , le théâtre de Lincoln Inrt'Fields , fermé pendant plusieurs années , se rouvrit sous la direction de M. Rich^ de sorte que Londres eut encore deux théâtres rivaux.
On a prétendu que l'art y gagnait.
Paris eut deux grands théâtres sous Louis XIV ^ ( car je ne compte ni le théâtre du Petit-Bourbon , ni celui du Marais») Que gagna l'art drama-
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tiqne à la concurrence de VHôtel de Bourgogne et du Palaîs'JR^oy al? Molière, seul et sans rivaux, eût écrit ses chefs-d'œuvre ^ et Monfleiuy , stimulé par tout ce que l'émulation a de plus puissant, n'eût rien produit au-dessus de la Fille Capitaine(^i). La rivalité des deux théâtres n'eutd'autre résultat, des deux parts, qu'une profonde inimitié. Ce qu'on a pu remarquer à Londres , c'est que, des deux théâtres en guerre , celui qui , par l'état de ses recettes , s'apercevait de son infériorité , recourait à quelque moyen de ramener la foule , et n'y parvenait qu'aux dépens de la raison et du goût. Ce fut ainsi qu'en 1715 ^ Bich introduisit la pantomime bouffonne sur le théâtre anglais. La même scène , souvent, d'un jour à l'autre, voyait le spectre à^Hamlet et les singeries d'Arlequin. En 1733, Bich ahandonnci Lincoln Inn-Fields ^ pour Couent-Gardew^ il avait fait construire une belle salle où ses comédiens s'installèrent.
Le public , en ce moment , se partageait entre les nombreux théâtres de Londres ; mais aucun d'eux ne jouissait d'une préférence bien déclarée. Henry Fielding la détermina bientôt en fa-
(1) L'auteur anglais se trompe en attribuant la Fille Capitaine au comédien Monjleury. Toutes les pièces dont se compose le théâtre de Monfleury sont du fils de cet acteur. Le père mourut en 1667, et le fils en 1 685
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veur d'un spectacle qu'il avait créé. Ce grand observateur de la nature humaine voulut s'amuser de quelques gens qualifiés qu'il n'estimait guère , et qui l'avaient oITensé. «Les grands , dit » un de nos vieux écrivains , ne ménagent point. » assez ceux dont la plume est encore plus poin- » tue que leur épée. »
A la colère de Fieldingj se joignait l'espérance de rétablir ses affaires en désordre ; de façon que son entreprise était à la fois une spéculation de rancune et d'intérêt. En conséquence , il réunit une troupe de comédiens qu'il appela la Troupe du grand Mogol^ et les établit au théâtre de Hay- Market, Pasquin , sa première pièce , eut cinquante représentations consécutives. Il continua , l'année d'après , et n'épargna personne. Comme ses portraits ne flattaient que la malignité du spectateur, et ne remuaient jamais ni le cœur par l'intérêt, ni l'esprit par la curiosité , la troupe du grand Mogol ne tarda pas à médire dans le désert , et Fielding s'en retourna plus ruiné que jamais. Il n'avait augmenté que ses ennemis.
Robert TValpole ne pardonnait pas à Fielding des traits satiriques , évidemment décochés contre lui , dans ses pasquinades *, mais n'ayant pas les moyens de s'en venger personnellement , il punit le théâtre des torts de Fauteur. Il fit passer un bill qui prohibait la représentation de toute
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comédie que le lord chambellan n'aurait pas approuvée.
Cette mesure essuya toutes les résistances de l'opposition , et le lord Chesterjîeld qui la combattit en ami de la liberté , ne laissa pas sans réponse un seul des argumens du ministère. Mais ce dernier, qui craignait les poëtes dramatiques, fut fort aise de les placer sous les ciseaux du lord cbambellan , et de se mettre à l'abri de la vérité. Le parti ministériel l'emporta.
L'année 1741 sera mémorable dans l'histoire du théâtre anglais , par les débuts d'un acteur qui devait effacer tout ce qui l'avait précédé. Garrick entra dans la carrière qu'il a parcourue glorieusement jusqu'en 1776.....
Terminons ici cette histoire abrégée d'un théâtre qui n'envie plus rien à la scène où Le Kain et P résille ont déployé leurs talens. Garrick a même cet avantage sur ces deux acteurs célèbres , qu'il a réuni le mérite de l'un et de l'autre , et qu'il fut tour à tour le Le Kain et le Préville de notre théâtre.
A la suite de cet essai , le lecteur trouvera la Vie de Garrick , par Murphy, Le biographe ignorait sans doute quelques anecdotes que nous allons rapporter. Elles ajouteront à l'idée qu'on a dû se faire de ce grand comédien, à qui l'on peut appli-