‹ Mémoires sur GarrickChapitre 51 sur 148 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de Tête suivant, une forte coalition en faveur de Covent-Garden. Barry et mistriss Cibber désertèrent de Drury-lane, et passèrent dans le camp ennemi sous la bannière de Quin , qui ne doutait pas qu''avec de telles recrues il ne fût en état d'^humilier Forgueil des conquèrans qu^il abandonnait. La célèbre mistriss Woffington les suivit. Les journaux passèrent en revue les forces des deux partis, et proclamèrent une guerre ouverte, en termes pompeux. Garrick vit une phalange formidable se déployer contre lui ; mais il ne fut pas épouvanté. Il ouvrit son spectacle le 8 septembre, et, dans un prologue plein d^esprit et de gaieté, rendit compte au public de la défection qu^il avait éprouvée; « fallait- )) il sVn étonner, puisqu''on voyait des rois )) véritables rompre un traité de paix, quand )) leur intérêt Fexioeait ? Mais le courage ne » lui manquait pas; il lui restait de bons sol- )) dats, faisant , comme les Suisses , un métier )) de se battre; car , vaincus ou victorieux, il )) fallait qu^ils fussent payés. Si Lear et Ham- )) let parlaient dans la solitude, il appellerait )) à son aide arlequin et le décorateur , la )) vanité devant céder à la nécessité. »

90 VIE DE GARPxICK.

Garrick prouva dans le cours de cette saison que ses mesures avaient été bien concertées. Il prévit que Romeo serait la grande batterie que Fennemi ferait jouer contre lui. Il avait donné ses leçons à Barry et à mistriss Cibber dans cette pièce , et il ne doutait pas qu^ils n'employassent contre lui ses propres armes. Il résolut pourtant de leur disputer la victoire. Quoiqu'il eût donné ses idées à ses rivaux, un génie tel qucle sien n'était pas épuisé. Il avait le talent particulier de trouver de nouvelles beautés dans des passages on l'esprit le plus pénétrant n'aurait pu les découvrir. Une chose certaine pourtant, c'était qu'il n'avait pas d'actrice capable d'entrer en lice contre mistriss Cibber. Pour remplir ce vide , ausii bien que les circonstances le lui permettaient, il eut soin de former une actrice qui, quoique bien jeune encore, promettait déjà beaucoup. C'était mistriss Bel-^ lamy qu'il avait tirée du théâtre de Dublin. Instruite par un si grand maître , elle se montra bientôt capable, sinon de remporter la palme, du moins de disputer le terrain. On joua Romeo et Juliette f à Covcnt-Garden, au commencement d'octobre ; Garric'k donna

Page 1