‹ Mémoires sur GarrickChapitre 53 sur 148 · CHAPITRE VI. g · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. g

qu es défauts , et dont le style est aussi naturel qu^attendrissant, si Ton en excepte quelques détails auxquels on peut reprocher un peu d^enflure.

Garrick avait coutume de dire qu^une bonne pièce était le rosbif àe la vieille Angleterre , et que le chant et les décorations étaient le raifort râpé qu'on sème tout autour. Mais il avait résolu d'aiguiser l'appétit du public par cette garniture ; en conséquence , il composa avec Woodward une pantomime intitulée la Reine Mab. Elle fut don-

rentes places qui lui assuraient un revenu de douze cents livres sterlings. Plutus a toujours été l'ennemi des Muses jusque dans ses faveurs. F. Cibber , dans ses Fies des Poètes , rapporte l'anecdote suivante. Le célèbre Voltaire, dit-il , lors du voyage qu'il fit en Angleterre , alla rendre visite à Congrève, et lui fit quelques complimens sur ses ouvrages. Congrève le remercia , mais ajouta qu'il se souciait peu d'être considéré comme auteur , et qu'il préférait qu'on vînt le voir comme particulier. Voltaire lui répondit que , s'il n'avait été que particulier , il était probable qu'il n'aurait jamais reçu sa visite.

( Note du traducteur. )

La réponse de Voltaire est excellente , et châtia justement la stupide vanité de l'ex-poëte comique anglais.

( Note des éditeurs. )

9'4 VIE DE GARHÎCK.

née aux fêtes de Noël , et la beauté des décorations , ainsi que le jeu de Woodward , excellent arlequin , en assurèrent le succès.

En février suivant , il donna la première représentation de Gil-Blas , comédie d'Edouard Moore , qui en avait pris le sujet dans répisode d! Aurore du célèbre roman de Le Sage. Avsint la représentation de la pièce , on avait conçu de fortes préventions contre elle , et les critiques les moins passionnés regardaient cette entreprise comme téméraire. Le roman de Le Sage était dans toutes les mains , et ceux qui Pavaient lu sVtaient fait une idée du béros, suivant leur imagination ; circonstance qui rendait plus difficile à Garrick de jouer le rôle à la satisfaction de gens qui venaient au tliéâtre dans lattente d^ trouver un personnage tel qu''ils se Fêtaient figuré. La scène se passe en Espagne, et Ton remarqua que plusieurs scènes étaient diamétralement contraires aux mœurs de ce pays (i). La pièce était pourtant conduite avec art ; le dialogue en était naturel ,

(i) Notamment l'Introduction d'un seigneur espagnol dans un état d"i\ie.;se coinplèle. {Note du traducteur.)

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