CHAPITRE Vr. (Jj
le style ëlegant , et cependant tons les etFovts de Garrick , de Woodward et de niisiriss Pritchard , ne purent prolonger son existence plus de neuf jours.
Gil'Blas (it place à V Alfred de David Maîlet. L'auteur dit dans sa préface que , pour le rendre propre au théâtre , il a ét('' obligé de remodeler entièrement le plan de cet ouvrage qu''il avait composé dVxbord avec Thomson , et de montrer Alfred tel qu'il devait être. Il est vrai que son héros parle beaucoup, mais tout ce qu'il dit manque d'énergie ; on y cherche en vain ce sublime de sentiment qui devait animer cet illustre monarque. M. Mallet ajoute qu'il n'a pu conserver que trois ou quatre tirades de Thomson , et partie d'une chanson. Il eût agi plus sagement, en conservant tout ce qui sortait du génie de son ami. La chanson dont il perle ici , est le célèbre chant , Raie Britannia ; et les changemens qu'il y fit n'étaient pas heureux. Tout le talent que Garrick déploya dans le rôle ô^ Alfred^ ne put faire prospérer cet ouvrage. Il avait compté sur de brillantes décorations , et même sur le secours de la musique vocale et instrumentale ; mais il se
trompa , et Mallet n\ijouta pas une seule feuille de laurier à la couronne de Garrick (1).
Garrick avait tant de ressource en luimême , que la chute d'une nouvelle pièce , ou le froid accueil qu''elle recevait ne nuisait jamais à ses intérêts. Il jouait alors ses meilleurs rôles dans la comédie et la tragédie , et il était toujours sûr d'avoir chambrée com-
(1) Mallet, Irlandais dont le véritable nom ëtaitMalloch; il en avait changé sans qu'on sût pour quel motif. Mallet avait déjà donné deux tragédies reçues assez froidement. Il connaissait Garrick , et il s'y prit assez adroitement pour faire jouer son Alfred. La duchesse de Marlborough lui ayant laissé mille livres sterling , il avait entrepris d'écrire la vie du feu duc son mari ; il parla toujours de ce projet et ne s'en occupa jamais. Un jour qu'il était avec Garrick , il lui dit qu'il aurait soin de ménager, dans cet ouvrage , une niche pour y placer le Roscius du siècle. Une politesse en vaut une autre ; Garrick lui demanda s'il avait renoncé à écrire pour le théâtre? A cette demande, le manuscrit à' Alfred sortit de la poche de Mallet. La femme de cet auteur affectait l'incrédulité. Un jour qu'elle était dans une maison oii se trouvait M. Hume, elle lui dit : « Vous » savez, M. Hume, que nous autres esprits forts , etc. » — « Je ne savais pas de quel parti elle était , dit à demi- » voix M. Hume à son voisin, sans cela j'aurais eu soin » de me ranger dans l'autre. » {Note du traducteur. )