‹ Mémoires sur GarrickChapitre 60 sur 148 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Moore. L^aiiteur avait lieu de croire qu^on avait fait une cabale contre son Gil-Blas; on lui conseilla d'avoir recours à un stratagème. M. Spence, auteur d\in Essai sur V Odyssée de Pope , était ami intime de M. Moore; il consentit qu''on fit courir le bruit que cette pièce était le fruit de ses momens de loisir. On crut cette histoire; et elle produisit Feffet qu^on en attendait. Une tragédie fondée sur les événemens ordinaires de la vie, et écrite en prose , est une chose peu commune en Angleterre, et peut-être nVn existe-t-il pas un seul exemple en France, ni en Italie. Lillo paraît avoir été le premier qui rendit les malheurs des particuliers aussi intéressans que ceux des héros et des rois; sa tragédie de George Barnwe// est bien Q,onçw.e(^i)^ ci la Fatale curiosité

(i) George Barnwell est un commis marchand qui se laisse entraîner par une femme de mauvaise vie , d'abord dans le vice, ensuite dans le crime, et qui est pendu au dénoûment. On ne manque jamais de donner cette pièce tous les ans aux fêtes de Pâques, sur les deux grands théâtres de Londres , pour offrir une leçon morale aux jeunes gens qui ont alors des vacances dont ils profitent pour aller au spectacle. La fatale Cw/705//e est l'histoire bien connue d'un fils qui , après avoir fait fortune , revient

a des scènes qui font verser des larmes. Anime par cet exemple, M. Moore traça le plan de sa pièce dans le dessein moral de faire une vive peinture des dangers de la passion du jeu, et des pièges que les chevaliers d^industrie tendent à leurs victimes. La pièce commence par une scène de détresse qui fait voir une famille qu*'ont ruinée les artifices de Stukelf, caractère détestable, mais qui, malheureusement, n'*est ni force, ni exagère. Chaque scène ajoute un nouveau trait au tableau. La perfidie de Stukelj se découvre, et Beverley meurt empoisonné. Garrick sVleva dans ce rôle presque au-dessus de lui-même, et mistriss Pritcliard offrit le modèle le plus parfait qu^on eût encore vu du naturel et du vrai. Elle semblait avoir totalement oublié quVUe était devant des spectateurs; cVtait une femme dans sa chambre , accablée sous le poids des chagrins , et luttant contre Tadversité. Quoique parfaitement jouée , cette pièce ne put

sans se faire connaître chez ses parens : ceux-ci le tuent pendant son sommeil , pour s'approprier une cassette remplie de pierres précieuses qu'il a déposée entre leurs mains.

( Note du traducteur. )

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