‹ Mémoires sur GarrickChapitre 64 sur 148 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Crëiise. — Analyse et examen de cette tragédie. — Les Chances. — Barberousse. — Garrlck fait venir en Angleterre Noverre et un corps de ballet. — Le peuple se déclare contre ces étrangers. — Tumulte au théâtre. — ,Tout y est brisé. — Anecdote sur George IL — L'Apprenti. — Anecdote sur cette comédie. — Florizel et Perdita. — Athelstan.

En avril 1764, M. Whitehead, auteur du Père romain, mit en répétition sa tragédie de Creuse. La saison théâtrale était déjà bien avancée ; mais Fauteur étant sur le point d^accompagnei^ un jeune seigneur dans ses voyages, désirait, selon toute apparence, emporter avec lui la gloire qu'ail espérait acquérir. Dans un avertissement fort court, il nous dit que son sujet est si reculé dans Fantiquité, si légèrement mentionné par les historiens, et traité d\me manière si fabuleuse par Euripide dans sa tragédie dYo/z, qu^il s'est cru libre d'en faire ce que bon lui semblait. Il

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était pourtant obligé d''en adopter les circonstances principales, et il s''efforça de les rendre probables. Dacier, dans les notes ajoutées à sa traduction de FArt poétique d'Aristote, parle de VIon d^Euripide, et fait observer, avec son jugement ordinaire , que MéropeTeconnaissant son fils au moment où elle va le tuer, est un incident très-heureux; il ajoute qu^Euripide a fait une tragédie, dans laquelle la mère est sur le point de tuer son fils quelle ne connaît pas, au moment où le fils médite le meurtre de sa mère qu'il ne connaît pas davantage. Tous deux sont détrompés. Cette tragédie est lon^ ajoute ce grand-maître en critique, et le double danger de deux êtres que la nature a étroitement unis , et qui ne savent pas qu'ils s'appartiennent , produit une situation très-intéressante. Mais toutefois en considérant le nombre de circonstances invraisemblables qui se trouvent dans cette fable , il pense qu'une tragédie faite sur le même plan ne pourrait réussir sur nos théâtres. La vérité de cette observation résulte bien clairement de l'analyse del'/oTîd'Euripidepar le père Bru moy,lemeil leur des critiques français : il rend un compte

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régulier de cette pièce, scène par scène, et son extrait est excellent. Il conclut en disant qu^m tel sujet ne convient pas au goût moderne , et qu^une tragédie faite sur un pareil plan n'*aurait aujourd'hui aucune chance de succès.

M. Whitehead, avec beaucoup de jugement, écartant toutes les circonstances romanesques, a tracéson plan avec tantdVgards pour les vraisemblances , que ce qui était dans Euripide une fiction incroyable, prend entre ses mains Pair d'une vérité historique. Arislote exige qu'une bonne tragédie ait un commencement, un milieu et une fin. Lorsqu'il a expliqué ces termes, notre jugement se trouve satisfait, et nous nous soumettons à cette doctrine. Cependant la règle est trop générale. Scaliger nous donne une idée plus exacte des parties constituantes d'une tragédie , dont il fixe le nombre à quatre. La première, qu'il appelle protasiSf est l'exposition du sujet , qui doit faire connaître le caractère des personnages, et les événemens antérieurs dont il est nécessaire que le spectateur soit instruit. Or, c'est ce que M. Whitehead a parfaitement exécuté. Creuse y reine d'Athènes,

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