‹ Mémoires sur GarrickChapitre 68 sur 148 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

» écrie : Duc de Grafton , j'aifiie ce lord )) maire. — Mais , dit Garrick , le bruit de la » bataille, le son des tambours et des trom- » pettes, les cris des soldats, ont dû animer » son génie militaire. — Je ne sais que vous » en dire, répliqua Fitz Herbert; mais pen- » dant la bataille de Boswortli-fîeld , quand )) Richard demandait un cheval à grands cris, )> Sa Majesté a dit : Duc de Grafton , ce lord )> maire ne reviendra-t-il plus (i)? »

Après qu^on eut ri quelques instans de cette anecdote , les amis de Garrick lui conseillèrent de ne plus penser/à Idiféte chinoise. Il essaya pourtant encore trois ou quatre fois de la faire jouer, mais inutilement ; une vio-

(i) George II , dit Davies dans sa Vie de Garrick , ne protégeait pas les arts , parce qu'il était incapable de les apprécier. Quand Hogarth lui présenta son admirable tableau de la Marche à Finley, il crut bien le récompenser en lui offrant une guinée. Il allait au spectacle deux ou trois fois par an , et demandait toujours les pièces du plus bas comique. Quand il apprit qu'on avait retranché de Venise sauvée le rôle de la courtisanne Aquilina , et qu'on n'y avait conservé que peu de chose de celui à^ Antonio ^ son amant , il ordonna que les passages supprimés fussent rétablis clans la pièce le jour où l'on devait la jouer devant lui. {Note du traducteur.)

lente opposition en empêcha toujours la représentation. John Bull haïssait les Français , et faisait tomber sa haine sur les acteurs qui venaient d^arriver, quoique ce fussent des Italiens, des Suisses et des Allemands. La dernière fois, le bruit s^accrut encore , plusieurs personnes sortirent des loges et mirent Fépée à lamain pour soutenir le directeur. Mais les mutins avaient résolu de mettre fin à la guerre ce jour là ; ils cassèrent les bans du parterre , brisèrent les lustres, renversèrent les cloisons des loges , et montant ensuite sur le théâtre, mirent en pièces toutes les décorations chinoises. Il fallut cinq ou six jours pour faire à la salle les réparations nécessaires (i), et pendant cet intervalle, on prit les moyens convenables pour informer le public que la fête chinoise ne reparaîtrait plus. La fureur populaire se calma depuis cette annonce, et quand on rouvrit le spectacle , aucun esprit d''hostilité ne se manifesta.

(i) La perle que fit la diieclion en cette occasion fut calculée à quatre mille livres sterling. La rage (ie la populace alla même encore plus loin ; elle attaqua la maison de M. Garrick dans Southampton-street , et l'aurait démolie sans l'inlervention des magistrats. ( Nofe du /radurtenr. )

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