CHAPITRE PREMIER
Naissance de Garrick. — Sa famille. — Son éducation. — ' Goût précoce qu'il montre pour le théâtre. — Son voyage à Lisbonne. — Son retour en Angleterre. — Mort de ses parens. — Il s'associe avec son frère marchand de vin. — Il se décide à se faire acteur. — Etat du théâtre à cette époque.
vJn a demandé si Fart du comédien doit être rangé parmi les arts libéraux ?
La solution de ce problème n^aurait pas eu besoin de la dissertation de M. Lessing. L''imitation de la nature étant le principe et Tobjet commun de tous les beaux-arts , il serait étrange qu^on refusât cette qualification au plus imitateur de tous. Qu'est-ce en effet qu'un comédien ? Un homme qui s'anime au théâtre
de la passion qu^il n''a point, qui la peint avec vérité sans la sentir; qui persuade ce qu^il ne croit pas toujours; qui , dans la situation d^ esprit la moins conforme au rôle dont il est chargé, nVn représente pas moins le personnage dont il porte le nom; en un mot, qui change de caractère à tout moment, et qui prête à tous ceux qu^il adopte le charme d^une déclamation raisonnée. Cet art sans doute est un des plus difficiles; et ceux qui Font exercé, comme Roscius , comme Le Kain , comme Préville, comme Garrick, méritent d^étre comptés au rang des grands artistes et de vivre dans la mémoire des hommes.
David Garrick naquit dans la ville d'Hereford, le 20 février 1716. Il était petit-fîls d^un négociant français nommé La Garrigue^ qui, lors de Fédit de Nantes , s^tait réfugié en Angleterre. Son fils Pierre Garrick, capitaine d'infanterie, fat père du célèbre acteur. Il avait fixé sa résidence à Lichtfield; mais il habitait Hereford en 1716, comme officier de recrutement, et ce fut là que sa femme accoucha. Peu de temps après , le capitaine Garrick vendit sa commission, et se retira du