CHAPITRE X
» vers qui nous avaient frappés. Garrick » nous regarda d\in air de surprise, et nous )> dit : Je m^aperçois, Messieurs, que vous )) avez lu une pièce dont j^ai aussi lait la lec- )) ture? — Oui, M. Garrick, lui répondis-je, )) nous avons lu et admiré ce que nous )) sommes sûrs que vous avez admiré vous- )) même. » M. Fox ne m^en dit pas davantage ; mais un jour ou deux/ ensuite, Garrick mMcrivit pour me prier de lui confier de nouveau mon Orphelin y atten'du qu''il craignait de Tavoir jugé avec trop de précipitation. Je lui envoyai mon manuscrit, et il me le fît repasser la semaine suivante, avec une lettre fort polie, dans laquelle il révoquait sa première sentence, et promettait de faire jouer ma tragédie , au commencement de Tannée suivante.
Tous les obstacles semblaient évanouis ; mais ils se renouvelèrent au mois d'octobre suivant, et avec plus de force que jamais. Ce changement peut aisément s'expliquer. Garrick avait le malheur de vivre au milieu d un cercle d'envieux qui se plaisaient à lui faire de faux rapports , et la faiblesse de croire trop facilement ce qu'ils lui disaient. Ils lui conté-
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rent je ne sais quelle histoire , qui lui donna de Fhumeur contre moi. Il me fit redemander mon manuscrit, et me le renvoya quelques jours après, en déclarant qu'il revenait à son premier jugement, et qu'il ne trouvait pas ma tragédie susceptible d'être représentée. Je pris feu, à ce second refus, et je lui marquai, non sans colère, qu'ayant sa promesse par écrit de mettre ma pièce à l'étude, je ne souffrirais pas qu'il me jouât de cette manière. Il me fît alors {proposer un rendezvous chez le libraire Vaillant , pour discuter cette affaire à l'amiable. J'y consenti^ ; M. Garrick y vint avec mistriss Lacy, son associée, et Berenger, aussi connu par son goût que par sa politesse , et je m'y rendis seul. La querelle fut d'abord assez vive; mais nous convînmes enfin de nous en rapporter au jugement de M. William Whitehead qui était alors à Bath. Nous lui écrivîmes tous deux, en le priant de décider si le directeur devait faire jouer V Orphelin de la Chine ^ et de déclarer s'il pensait que cette tragédie pût obtenir les suffrages du public.
M. Whitehead nous répondit qu'il ne voulait pas prononcer sur ces deux points; mais