CHAPITRE X
que s'il ne s'agissait, pour mettre fin à notre querelle, que de nous faire connaître son opinion sur cette pièce, il y consentait bien volontiers. Le malheureux Orphelin fit donc le voyage de Bath, pour tacher d'y recouvrer la santé. Au bout de quelques jours , M. Whitehead écrivit aux deux parties interesse'es , et voulut bien dire qu'il irait plus loin qu'il ne se l'était proposé; que non-seulement cette pièce lui avait plu , mais qu'il pensait que le directeur devait la faire jouer, et qu'elle plairait au public. Cette décision rétablit la paix ; mais M. Whitehead ne s'en tint pas là. Dès qu'il fut de retour à Londres , il vint me voir, et me dit qu'il voulait se trouver au foyer lorsqu'on ferait la lecture de ma pièce. Il tint parole, et fut présent quand M. Garrick la lut, avec son talent ordinaire, aux acteurs qui devaient y jouer quelque rôle. Garrick s'arrêtait de temps en temps, pour demander quelques légers changemens; mais M. Whitehead répondit lui-même à toutes ses objections; et quand il en demanda un plus considérable , au cinquième acte : « M. Garw rick, lai dit M. Whitehead en souriant, il y » a déjà tant de beautés dans cette pièce ,
l/f^ VIK DE GAKRÏCK.
5) que, par égard pour nous qui pouvons )) encore écrire pour le théâtre, je vous prie » de ne pas en ajouter de nouvelles. » Telle fut la conduite de M. Whitehead à mon éaard , et de plus il eut la complaisance de composer un élégant prologue pour ma tragédie.
Ce fut ainsi que V Orphelin de la Chine surmonta tous les obstacles. Le directeur fit préparer les décorations et les costumes convenables, et la manière dont la pièce fut montée contribua beaucoup à son succès.
Mossop , dans le rôle du jeune Prince , et Holland dans celui di'Hamet ^ ajoutèrent encore à leur réputation , et Garrick déploya tant de talent dans celui du mandarin Zaniti , qu^on peut dire qu^il ne se montra jamais avec plus d¥clat dans aucun rôle , si Ton en excepte celui du Roi Lear, Le rôle de Blandane avait été donné à mistriss Cibber ; mais Fétat de sa santé la força d^ renoncer , et mistriss Yates en fat chargée. Elle le îouaavec tant de perfection lors de la répétition générale, que tous ceux qui y assistaient en furent enchantés, et Garrick me prenant à part^ me dit: a Tout est pour le mieux; le jeu de )) mistriss Cibber n'aurait offert rien de nou-