‹ Mémoires sur GarrickChapitre 84 sur 148 · CHAPITRE X. l5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. l5l

quVn puisse s'en rappeler tous les incidens, sans avoir besoin d^un effort de mémoire. Ces règles essentielles ont été observées par Shakespeare , même dans les pièces où il néglige loS trois unités, comme dans Lear, Richard^ Macbeth / mais dans Cymbelme y tout est confus , desordonné , et cependant Garrick la remit au théâtre , parce qu'il savait qu''au milieu de ses imperfections , il sY trouvait des beautés capables de surprendre et de charmer Timagination.

ShéridaU; qui avait été long-temps directeur du tliéàtre de Dublin , comprit l'impossibilité de résister à Barry et à Woodward qui venaient dV ouvrir un second spectacle , dans Crow-street. Il quitta donc Flrlande , et entra à Drury-lane, en septembre 1761 5 il débuta dans cette nouvelle carrière par le rôle à^Hamlet y et joua ensuite celui du comte cVEssex dans une tragédie nouvelle du docteur Brooke , auteur de Gustave Vasa (1). Le Comte d^Essex eut un grand suc-

(1) Gustave J^asa était en répétition à Drury-lane en 1758 , quand un ordre non motivé du lord chambellan en défendit la représentation. On présuma que la cour avait

l52 VIE.de GARfiICK.

ces , et Shéridan , ami de Fauteur , en faisait IVloge partout. Un jour qu'on Tavait presse d'en dire quelques vers , il en récita une tirade dans laquelle il était question d'hommes libres , et qui finissait par ce vers :

« Qui veut les gouverner doit lui-même être libre l »

rt C'est une excellente logique » , dit le docteur Johnson en riant, et il ajouta :

« Qui conduit des bœufs gras doit être gras lui-même (i). »

En juin 1762, Garrick donna, pour le bé-

trouvë que l'amour de la liberté y était peint avec trop d'e'ncrgle. L'auteur n'y perdit rien ; car l'impression de sa pièce lui rapporta , dit-on , quatre fois ce que la reprësenlation aurait pu lui valoir. C'est une bonne tragédie, et elle fut jouée avec succès, en i8o5 , à Covent-Garden.

[Note du îraducteiir.)

Nous avons deux tragédies dont Gustave est le béros, celle de Piron et celle de La Harpe. La dernière n'eut aucun succès. La tragédie de Piron a de Tinlérêt , mais elle est durement écrite. M. Larive l'avait remise au théâtre , et jouait le rôle de Gustave avec un grand talent.

{Note des éditeurs.)

(1) Cette parodie fit fortune, et courut de boucbe en

Page 1