‹ Mémoires sur GarrickChapitre 92 sur 148 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Parme le pria de lui donner quelque échantillon dWe tragédie anglaise. Garrick commença par lui faire connaître le sujet de Macbeth y après quoi , passant à la scène dans laquelle un poignard se présente à Timagination effrayée d'un homme qui médite le meurtre de son souverain, il déclama le beau monologue. Personne ne comprenait ce qu'il disait; mais ses traits exprimaient fidèlement toutes les passions qui devaient agiter le coupable , et le son de sa voix suffisait pour expliquer ses paroles : chacun fécouta avec admiration , et le duc de Parme , ainsi que toute sa société, reconnurent que ce fragment suffisait pour leur donner une idée du génie supérieur de Shakespeare , et des talens d'un acteur anglais.

Garrick reçut à Paris l'accueil le plus flatteur: il fut invité à se trouver à une assemblée où l'on avait eu soin d'inviter également mademoiselle Clairon , la grande actrice du théâtre français : au milieu de la conversation , elle se leva tout-à-coup , et montra tous ses talens en déclamant quelques scènes de différentes tragédies de Racine et de Voltaire , ce qui lui donna le droit de prier

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Garrick d'en faire autant. L'acteur anglais s'y prêta de la meilleure grâce , et après avoir donne' les explications nécessaires , il de'bita divers monologues àiHamiet et de Macbeth , ensuite il raconta comment il avait appris à imiter la folie du roi Lear. C'e'tait, comme nous Pavons déjà dit , en voyant un de ses amis , que la mort affreuse de son enfant qu'il avait laissé tomber par une fenêtre avait rendu fou. Il imita le malheureux père : s'appuya sur le dos d'une chaise , sembla jouer gaiement avec son enfant , et feignit enfin de le laisser tomber. En ce moment ses regards pleins d'égarement et d'horreur, sa voix entrecoupée , ses cris épouvantables troublèrent tous les spectateurs. Des pleurs coulaient de tous les yeux , et mademoiselle Clairon n'hésita pas à déclarer qu'avec un tel acteur , le théâtre anglais était celui où l'on devait ressentir avec le plus de force les impressions de la terreur et celles de la pitié (1).

(1) (c Cette société , dit M. Davies dans sa Vie de Gar- » rick , était composée d'Anglais et de Français. Ceux-ci » donnèrent la préférence à Garrick , et les Anglais , avec

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