CHAPITRE XII
présent le duc de Wurtemberg , pour lui témoigner la satisfaction qu^il avait éprouve'e en Tentendant déclamer différens passages de quelques comédies anglaises. Holland examina ce bijou , et lui dit avec un ton bourru qui était le sien : <( Ainsi donc , vous » avez parcouru le continent , en beuglant » pour des tabatières ? n Garrick connaissait son élève , et ne se fâcha point.
Les amateurs de spectacle étaient impatiens de voir le Roscius moderne reparaître sur le théâtre ; mais après ses voyages , Garrick avait besoin de quelque repos , et il ne
» vrait le front , il lui demanda encore avec l'ëmotion et » l'inquiétude de l'amitié s'il était blessé? Garrick, dont w les yeux étaient fermés , entrouvrit une paupière, et du » ton d'un véritable ivrogne lui dit, avec plus d'un ho- )) quet , de lui verser encore un coup à boire. Pré ville était » au comble de la surprise ; et quand Garrick , se relevant » lout-à-coup, reprit l'air qui lui était ordinaire , l'acteur )) français s'écria : Mon ami , permettez à l'écolier d'em- » brasser son maître , et de le remercier de l'excellente » leçon qu'il vient de lui donner. »
Garrick était enlhousiastc de Shakespeare à un tel point, qu'on assure que pendant son séjour à Paris , il ne voulut jamais être présenté à l'abbé Le Blanc , parce qu'il avait parlé de cet auteur avec trop peu de respect.
( Note du traducteur. )
joua pas une seule fois, pendant le peu qui restait de la saison théâtrale qui finit , suivant Fusage, dans les derniers jours de juin.
Le i4 novembre 1765, le roi fit annoncer qu'ail irait au spectacle après avoir ouvert la session du parlement ; et comme il demandait Beaucoup de bruit pour rien , G arrick saisit cette occasion pour faire sa rentrée. Dès qu'il parut , la salle retentit d'applaudissemens et d^acclaniations , et il commença par débiter un prologue de sa composition , plein de mots heureux et d^enjoûment. Pendant le cours de la représentation , on reconnut qu^il nVvait rien perdu de son feu naturel et de son génie comique ; il continua de jouer trois ou quatre fois par semaine.
On remit au théâtre , dans les premiers jours de janvier suivant , le Franc-Parleur , de Wycherley (1) , avec des changemens par
(1) Pièce imitée du Misanthrope. Wycherley n'a composé que quatre comédies , dont les deux dernières , la Campagnarde et le Franc-Parleur, ont eu le plus grand succès. La vie de cet auteur est une espèce de roman. Né protestant, il se fit catholique à quinze ans, et retourna au protestantisme quelques années après. Il commença l'étude de la jurisprudence , et l'abandonna pour l'art dra-